Mystère 9 : la mort


Ou plus exactement la vieillesse. L’idée classique est que le corps, à force de “trop servir”, finit par se détériorer et par mourir. Le problème, c’est que cette image simple ne colle pas avec les données. Par exemple, on en a déjà parlé ici, mais quelques petites manips génétiques et zou… on double l’espérance de vie de vers, mouches ou autres souris ! Autrement dit, la mort n’est pas une fatalité (…); tout se passe comme si notre mort était en réalité programmée génétiquement. Mais comment expliquer cela évolutivement ?
Plusieurs hypothèses sont possibles. Certains auteurs ont suggéré que la mort est une façon … de faire de la place aux jeunes ! Une sorte de sélection au niveau du groupe en fait, une idée qui ne plaît pas à tout le monde (Brooks rapporte à cette occasion que Dawkins qualifie l’idée de sélection de groupe de … “perversité”, rien de moins ! Je ne sais pas à quel degré il faut prendre ce jugement)
Une autre possibilité est de considérer les liens entre sexualité et reproduction. La sélection naturelle a lieu de facto à l’âge reproductif; certains gènes qui apportent un avantage au moment de la reproduction pourraient précipiter vers la mort après l’âge reproductif. Une sorte de chandelle qui brûlerait plus fort mais plus vite en quelque sorte.
Brooks affirme qu’aucune explication n’est convaincante. Mais il finit son chapitre en soulignant que la plupart des eucaryotes vieillissent par des mécanismes similaires, et donc que la mort était déjà là dans le premier ancêtre commun de tous les animaux multicellulaires. En utilisant l’oxygène pour la respiration, les eucaryotes libèrent dans l’organisme des radicaux toxiques.. Ce qui pourrait avoir favorisé l’émergence du mystère 10 : le sexe.
Taux de scepticisme : 25 % Là encore, je ne sais pas si la question est bien posée, le problème ne me semble pas assez précis pour avoir une réponse claire…

Revenir à la liste des 13 mystères

5 Responses to “Mystère 9 : la mort”

  1. HollyDays Says:

    A mon sens, la question de la mort et de la vieillesse sont deux questions indépendantes. On peut se demander pourquoi aucun individu vivant n’est réellement éternel (autrement dit, pourquoi meurt-il ?), mais cela ne répond en rien à la question “pourquoi vieillit-on inexorablement ?”

    Que la vieillesse mène inexorablement à la mort ne veut pas dire que si la mort des individus est un mécanisme indispensable, la vieillesse est aussi un mécanisme indispensable. Ce n’est pas parce que la mort semble programmée dans les cellules de tous les individus, quelle que soit l’espèce à laquelle ils appartiennent, que tous les individus meurent “de vieillesse” : la grande majorité des individus sur Terre meurent avant que “leur heure soit venue”, pour une autre raison (accident, prédation d’un individu appartenant à une autre espèce, inadaptation comportementale, …)

    Concernant la mort, il y a une raison possible qui rendrait la mort nécessaire, qu’il s’agisse des espèces sexuées ou non sexuées, et qui n’est pas dans la liste des raisons que vous citez ici (je n’ai pas lu le livre de Brooks, et je ne sais pas s’il l’a proposée) : une forme de contrôle de la taille de la population totale.

    En effet, tout individu, quelle que soit l’espèce à laquelle il appartienne (même unicellulaire), consomme des ressources qu’il tire de son environnement immédiat. Or le monde dans lequel nous vivons a beau être immense, il n’en reste pas moins fini. Même lorsque les ressources consommées sont renouvelables (par exemple, la lumière solaire utilisée par les espèces photosynthétiques), ce renouvellement se fait à un rythme fini, et non infini.

    Aucune population d’individus, de quelque espèce que ce soit, ne peut croître de manière infinie, sans limite, sans que certains (au moins) des individus de cette population se retrouvent à un moment ou à un autre dans une situation de pénurie des ressources qui lui sont vitales, parce que la quantité de ressources vitales disponible devient inférieure à la quantité qui serait nécessaire à la survie de l’ensemble de la population. Et lorsque des individus sont confrontés à une pénurie des ressources absolument nécessaires à leur survie, ils ne peuvent physiquement plus survivre. Autrement dit, ils meurent.

    Autrement dit, initialement, la mort pourrait bien avoir été un mécanisme naturel permettant à la vie de rester en équilibre avec son environnement immédiat : un équilibre entre la quantité de ressources que l’ensemble des individus de l’espèce doit prélever pour survivre et la quantité (ou le temps) nécessaire à l’écosystème environnant pour régénérer la quantité de ressources prélevée.

  2. Fabien Says:

    Certains organismes sont plus ou moins potentiellement immortels, en tout cas j’ai déjà lu ça à propos des oursins, par exemple. (et sans doute pour les plantes)
    Seul un prédateur ou une détérioration de l’environnement les tuera.

    Donc, la programmation de la mort ne serait pas systématique.

  3. Tom Roud Says:

    En fait, cela ressemble pas mal à l’argument “sélection de groupe”. La mort de l’individu favorise la survie de l’espèce. Ce n’est évidemment pas très orthodoxe d’un point de vue darwinien classique, puisqu’il ne s’agit pas vraiment de la survie du plus adapté !

  4. Tom Roud Says:

    Oui, c’est bien là tout le mystère; si c’était systématique on pourrait plus facilement trouver une théorie générale de la mort…

  5. HollyDays Says:

    Il n’est pas sûr que ce soit si orthodoxe, du moins si l’on pense aux organismes unicellulaires asexués, qui sont restés longtemps les seuls organismes vivant sur Terre : ils se reproduisent par réplication cellulaire. Or la radioactivité ambiante dans la biosphère engendre inévitablement des dégradations du patrimoine génétique (n’oublions pas que même le matériau de base utilisé pour fabriquer les cellules est lui-même partiellement radioactif : c’est le carbone 14).

    Si, le plus souvent, la cellule est capable de réparer les dégradations que son ADN subit (les 2 brins de l’ADN offrent un mécanisme de redondance de l’information), il arrive parfois qu’elle n’arrive pas à le faire ou que sa réparation engendre une erreur dans le code génétique, parce que les 2 brins de l’ADN ont été endommagés au même endroit.

    Et avec le temps, ces dégradations non réparables ou mal réparées finissent par s’accumuler. Faire mourir les cellules au-delà d’une certaine durée de vie permet de privilégier la reproduction des cellules jeunes à celles des cellules âgées dont, statistiquement, le patrimoine génétique a subi plus de dégradations non réparables et incontrôlées de que celui de leurs cadettes. Dégradations qu’elles ne pourront donc que transmettre à l’ensemble de leur descendance.


Nombre de pages vues : 1166571