Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ?

En ces temps de discussions sur les modèles économiques de la presse, un bras de fer intéressant a lieu entre l’Université de Californie et Nature Publishing Group.

Le monde des revues scientifiques pourrait relever d’un fantasme pour patron de presse traditionnelle :

  • Imaginez un monde où les producteurs de contenu (i.e. les auteurs d’articles) doivent prendre en main quasiment de A à Z non seulement l’écriture de leurs articles, mais aussi leur mise en forme et mise en page fine (figures et équations incluses). Le tout gratuitement au mieux – le pire étant que les auteurs doivent parfois payer pour être publiés.
  • Imaginez maintenant que les auteurs abandonnent tout droit sur leur article au groupe de presse.
  • Imaginez un même monde où les relecteurs des articles ne sont pas des employés des journaux, mais des experts des sujets abordés débusquant sans pitié la moindre erreur pour améliorer au maximum la qualité des articles. Gratuitement là encore.
  • Imaginez que tout cet ensemble de travailleurs gratuits voient leur avancement de carrière, leur réputation, conditionnés à la publication de ces articles dans ces revues, de facto incoutournables.
  • Imaginez  que ces revues soient non seulement en état de quasi-monopole (pour les plus prestigieuses), mais encore quasi-assurées de vendre leurs numéros à un lectorat qui ne peut se passer du contenu publié pour son travail.
  • Imaginez que la “révolution” Internet n’ait absolument pas entraîné quelque baisse de coût que ce soit pour les “consommateurs”, que les gains de productivité faits sur la production et la communication des articles n’aient entraîné aucune remise de prix, mais au contraire … une multiplication de ces revues, devenues bien moins cher à produire d’autant que la majorité des lecteurs se passe d’une version papier et se contente concrètement d’un abonnement online.
  • Imaginez enfin que le lectorat captif, les auteurs d’articles et les relecteurs soient en réalité les mêmes personnes, dont, cerise sur le gâteau la subsistance et le travail sont le plus souvent assurés directement ou indirectement par de l’argent public (i.e. vos impôts).

Dans ce contexte, un conflit qui annonce peut-être le chant du cygne de ce “business model” fait rage depuis une grosse semaine. A ma gauche, le systèmes des UC, universités de Californie, publiques et financées par les impôts des Californiens. A ma droite, l’un des plus gros et des plus prestigieux groupes de publication de revues scientifiques, le NPG, Nature Publishing Group, qui publie comme son nom l’indique la très connue revue Nature.

Tout commence le 4 Juin dernier. Les bibliothécaires de l’université de Californie envoient une lettre à tous leurs chercheurs/professeurs les informant du nouveau tarif imposé par le NPG pour la licence d’accès aux 67 revues de leur abonnement, concrètement une augmentation de 400 % .

L’UC est outrée, en particulier car elle n’est pas exactement n’importe qui pour le NPG : durant les 6 dernières années, ses chercheurs ont publié 5300 articles, dont 638 rien que dans la revue Nature. A cela s’ajoutent tout le travail éditorial et de relecture gratuit décrit plus haut; une analyse révèle que rien que pour la revue Nature, les gains réalisés par le NPG sur la travail (gratuit) des chercheurs de l’UC se montent à 3 millions de dollars par an. Bref, dans le genre “vache à lait” en terme de contenus, on peut difficilement faire mieux que l’UC.

Estimant cette augmentation de 400 % injustifiée et inacceptable -d’autant plus qu’elle vient à un moment où les universités de Californie sont frappées très durement au porte-monnaie du fait de la faillite de l’état californien, l’UC en appelle en représailles à des mesures drastiques : le boycott. Boycott non seulement de la lecture des revues, mais encore de tout le travail gratuit décrit plus haut, depuis l’écriture d’article jusqu’à la relecture des articles des autres chercheurs. Une petite révolution, et une première à ma connaissance.

Commence alors un échange de lettres (publiques). NPG, sentant le danger, publie d’abord une lettre de réponse sur son site web. NPG révèle alors qu’il était en “négociation” sur les prix avec l’UC depuis la fin de l’année dernière, et accuse l’UC de présenter le problème de façon erronée, voire avec une certaine mauvaise foi. Le problème (de son point de vue) est que l’UC bénéficie d’une remise de près de … 88% sur le prix de l’abonnement. NPG estime désormais cette remise ingérable et inacceptable (“unsustainable”) et veut la ramener à environ 50%. Et souligne que le prix moyen par article téléchargé payé par l’UC est “seulement” de 0.56 $.

L’UC riposte le 10 Juin, dans une nouvelle lettre. UC souligne alors qu’en période de vaches maigres, elle n’a aucune raison de se laisser faire en acceptant une augmentation soudaine de 400% de ses frais de licence. D’autant plus qu’on apprend que ces mêmes frais ont déjà augmenté de 137% entre 2005 et 2009 !

L’UC met ensuite les pieds dans le plat dans cette lettre, affirmant en somme que :

  • une augmentation de 400% suivant une augmentation de 137% est injustifiable à l’ère du tout digital [1]
  • si les autres universités paient beaucoup plus que l’UC, c’est qu’elles paient tout simplement trop eu égard du “service” reçu
  • le travail “gratuit” effectué par ses chercheurs pour NPG devrait peut-être, un jour ou l’autre, être pris en compte dans ces fameuses licences d’accès.

Bref, l’UC campe sur ses positions et ne va pas se laisser faire par le NPG. Fight !

Nous verrons comment cette affaire tournera, mais peut-être marquera-t-elle un tournant dans l’économie des revues scientifiques. On savait depuis quelques temps déjà que les revues scientifiques étaient sur la sellette, là, entre l’UC et NPG, c’est un choc de titan qui s’annonce.

Le problème fondamental, comme esquissé dans ce billet et expliqué par Michael Eisen sur le blog des professeurs de Berkeley, est que le système actuel n’est tout simplement plus viable. Trop de travail gratuit côté chercheur, trop de coûts irréalistes côté éditeurs. Car on sait tous désormais qu’il y a des alternatives : Eisen est notamment l’un des fondateurs de  Public Library of Science (Plos), ensemble de revues en accès libre et gratuit à but non lucratif qui marche assez bien. L’UC invite d’ailleurs ses chercheurs à se tourner vers ce genre de solutions.  Par ailleurs, les pouvoirs politiques qui financent la recherche se rendent compte des abus de gros éditeurs privés et commencent à bouger de leur côté : ainsi le congrès américain a-t-il voté une loi qui impose que les articles rendant compte de recherches financées par les organismes dépendant de l’état fédéral (concrètement, la plupart des recherches) soient disponibles en accès libre pour tous (après un délai). Loi qui a obligé les revues scientifiques à  plier devant les exigences politiques.

De belles batailles en perspective donc; en ce qui me concerne, je ne suis toutefois pas complètement convaincu par Plos pour les raisons évoquées dans ce billet. En bref, l’avantage des revues est qu’elles font “naturellement” un classement des papiers, une hiérarchie très utile lorsque se multiplient les publications, ce que n’est pas forcément capable de (bien) faire un modèle online basé sur des commentaires et des votes de popularité. La solution, à mon avis, passera plutôt par une évolution des associations de scientifiques éditrices de revues, comme l’AAAS qui édite la prestigieuse revue Science, ou encore l’APS qui édite Physical Review. N’étant pas à proprement parler à but lucratif, ayant aussi une forte base “démocratique” via leurs adhérents, elles me paraissent plus à même de trouver un modèle en accès libre plus juste et plus acceptable pour la communauté scientifique, tout en gardant les avantages (en terme de prestige et d’histoire) de revues comme Nature éditées par les gros groupes privés.

Autre référence :

Le compte-rendu de Science sur le sujet

[1] surtout quand on voit l’avenir de la publication scientifique préparé par le NPG

28 Responses to “Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ?”

  1. Tweets that mention Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ? — tomroud.com -- Topsy.com Says:

    [...] This post was mentioned on Twitter by Joel G, Bibliothèques UBO and Yann Calberac, Tom Roud. Tom Roud said: Auto RT La publication scientifique, comme la presse, est en crise : Un point sur le conflit entre l'UC et le NPG http://bit.ly/b88iCs [...]

  2. Hervé Says:

    PloS te fait payer pour publier, c’est tout aussi fort.

    De très bonnes revues publiées par des universités ou des sociétés savantes, à des prix raisonnables, commencent à émerger ; il est temps d’arrêter le délire. Ce qui permet aux revues prestigieuses d’avoir beaucoup de bons articles, c’est leur prestige, pas la qualité de leur travail éditorial. Tous les bons journaux scientifiques font la même chose : peer review, et je passe les détails.

    Donc je veux bien admettre qu’une hiérarchie des revues est nécessaire (encore que je n’en sois pas totalement convaincu), mais il n’y a aucune raison de la payer le prix fort.

    Un texte intéressant :
    http://www.library.ucsb.edu/istl/00-summer/refereed.html

  3. Racket : le roncier Says:

    [...] Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit? [via] Published: June 14, 2010 Filed Under: Liens Tags: édition : lettres : science Leave a Comment Name: Required [...]

  4. Arnaud Spiwack Says:

    Je ne sais pas si je te suis sur l’importance des revues. Personnellement, je n’ai jamais vraiment sélectionné mes papiers en allant chercher le catalogue d’une revue prestigieuse ou les proceedings d’une conférence également prestigieuse.

    Si ça se trouve c’est une mauvaise idée, mais ça ne m’étonnerait pas que je sois loin d’être un cas isolé. En fait, un système de suggestion à la amazon (genre comme je crois qu’on peut trouver sur citeUlike, je n’ai pas essayé personnellement) me paraît avoir plus d’avenir. Ça aura des ratés, mais pas de raison qu’il y en ait plus que les revues. Et ça me paraît une architecture plus légère. (et puis, le bouche à oreille, comme toujours)

    Pour les conférences, le prestige est probablement plus important : participer à une conférence prestigieuse, ça aide à rencontrer des gens brillants, et tout.

  5. JF Says:

    J’ai essayé (pendant 5 mn…) de trouver les résultats financiers de NPG, pour voir si ils font vraiment un profit mirobolant; je n’ai pas trouvé. Ceci dit je serais surpris que l’essentiel de ce qu’ils font payer passe dans la poche des actionnaires, je dirais que comme la plupart des compagnies NPG doit faire 10% de profits (par rapport au chiffre d’affaire) — même si c’était 20%, ça ne changerait pas grand chose. Ca veut dire que si même les actionnaires décidaient de ne plus toucher un centime de bénéfice, les prix des abonnements ne baisseraient que de 10-20%.

    Pourquoi, alors, les journaux sont-ils si chers ? Dans “Elements”, il y avait récemment un bon édiorial, dont voici le lien (gratuit !): http://www.elementsmagazine.org/archives/e6_2/e6_2_sn_minsocam.pdf.
    En résumé, le problème est qu’un journal est relativement cher à produire (l’article que je cite parle de $250 par page), parce qu’il reste du travail de secrétariat, editing, mise en forme, etc. (sans même parler de l’impression !); NPG emploie 800 personnes par exemple (de mémoire, “Le Monde” doit en employer 200, je crois, mais si qqn a des chiffres…); mais qu’il est vendu à peu d’exemplaires (si Nature diffuse 20 000 copies, c’est le bout du monde, comparer au 200 000 à 2 000 000 d’un quotidien généraliste).

    Le problème n’est donc pas tant que les publishers font un profit exorbitant : même des publishers non-profit (comme la MinSocAm dans le lien que je donne) sont obligés de faire payer, cher. Moins cher que Nature et Elsevier, certes — mais cher quand même. Le problème est structurel : si on veut un secrétaire pour gérer le flux des papiers, et une mise en page de qualité pro, il faut en partager le coût entre un petit nombre (relativement) de lecteurs.

    Qu’on ne s’y trompe pas : l’open source, c’est fantastique, et ça marche très bien pour les logiciels. Mais ça a un coût non négligeable, en temps : demandez à n’importe qui investi dans un projet de ce genre combien de temps il passe dessus ! Si on veut faire la même chose pour les journaux scientifiques (pourquoi pas, c’est une bonne idée !), il va falloir soit trouver le temps de faire tout “nous-mêmes” — et tout, ça inclut aussi la mise en page, l’envoi des mails, la mise sous enveloppe, la maintenance du site web, les communiqués de presse, répondre au téléphone… ; soit accepter un niveau de qualité moindre (par exemple au niveau de la forme, mais aussi de l’accessibilité web, de la communication grand public…).

    NPG emploie 800 personnes (Elsevier, Springer, AAPS…. je ne sais pas, sans doute du même ordre). Je doute fort qu’un grand groupe commercial les paie à se rouler les pouces. Si on veut se passer d’eux, il va falloir trouver des ressources équivalentes à 800 emplois annuels, que ce soit sous forme de temps “bénévole” des chercheurs (mais donc pas passé à faire autre chose), soit sous forme de secrétaires et éditeurs salariés (sur quelles ressources ?), et bien sûr trouver les moyens pour la bande passante, l’imprimante, le téléphone…..

    Au final, je serais plutôt pour des journaux “open source”; mais je ne suis pas certain que ça coûte moins cher à UC (ou au système académique dans son ensemble) de faire les choses nous même, plutôt que d’acheter ce service à des groupes dont c’est le métier, qui peuvent donc faire des économies d’échelle etc. C’est un peu comme n’importe quel service qu’on achète : gestion d’une flotte de véhicule, nettoyage des locaux, restauration. L’université peut le faire en interne, ou payer une entreprise extérieure pour le faire. Dans les deux cas, ça coûte… On peut se plaindre des tarifs de Hertz ou Avis; mais si on doit s’occuper nous même de l’achat, de la maintenance et des pleins d’essence, c’est pas sûr que ça soit meilleur marché.

    Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas négocier les prix, d’ailleurs. Surtout quand on a des moyens de pressions crédibles…. Go UC, go !

  6. Tom Roud Says:

    Merci pour vos commentaires !
    @ Hervé : plutôt d’accord avec toi, mais je pense qu’il ne faut de fait pas négliger le “prestige” des revues, qui compte beaucoup pour les recrutements et les avancements dans les carrières ! Si tout le monde pouvait faire comme Perelman et publier ses idées sur l’arXiv tout en étant reconnu, le système serait très différent.
    @ Arnaud : je pense aussi que ça dépend pas mal de la discipline. Connaissant de fait à la fois la physique et le biologie, la culture est très différente. En physique, les choses se passent de plus en plus online, je pense que c’est le biais geek. En biologie, par contre, les revues sont hyper hyper importantes.
    Sinon, je ne crois pas du tout à la démocratie en science, aux votes, tout ça … Ça favorisera plus un certain conservatisme scientifique (en biologie notamment).
    @ JF : ce que tu dis se tient, mais :
    - comment fait Plos ?
    - comment ça se passe sur l’arXiv ?
    - pourquoi les coûts explosent en ce moment alors que de moins en moins de gens lisent la revue papier ?
    Cela dit, l’arXiv a fait il me semble quelques appels aux dons dans le passé récent …
    Sur le fond, à mon avis, le chercheur fait déjà énormément de boulot du type que tu décris. Tiens, juste un exemple : je vais bientôt commencer mon labo, et l’un des premiers trucs que je DOIS absolument faire, c’est de monter un super web site et faire de la comm’ pour recruter des étudiants.
    Ensuite, vu que c’est payé indirectement par nos impôts et vu qu’il s’agit de quasi monopôles, ce ne serait pas une bonne idée de rendre tout ça un peu plus “public” ? C’est aussi pour ça que les associations de scientifiques ont leur carte à jouer à mon avis.

  7. Aisling Says:

    Un des couts que JF ne mentionne pas pour les revues, c’est en plus du salaire des employes, les couts lies aux locaux. Nature par exemple a des bureaux a DC et a Londres, ce qui leur coute une fortune en foncier (et entretien). A cote de ca, je ne sais pas comment PLoS gere son budget – a moins que les revenus issus des auteurs soient largement superieurs aux revenus issus des abonnements.
    Pour ce qui est de l’augmentation des couts vs. diminution de la demande en exemplaires papier, je pense qu’il y a une une augmentation des couts fixes (personnel +locaux) et peu de diminution des couts papier – moins il y a d’exemplaires a produire, plus le cout de revient a l’unite est eleve.
    Malgre tout, la tendance est bien a l’Open Source et a l’affaiblissement du monopole des grands groupes – apres l’obligation de mise a disponibilite du public des travaux finances par les deniers publics, si les commites d’evaluation divers (recrutement, financement…) se decidaient a faire de l’open source un critere majeur au meme titre que l’impact facteur pour les publications des candidats, ce serait bien.

  8. JF Says:

    Tom ” ce que tu dis se tient, mais :
    - comment fait Plos ?
    - comment ça se passe sur l’arXiv ?
    - pourquoi les coûts explosent en ce moment alors que de moins en moins de gens lisent la revue papier ?”

    C’est un peu, en filigrane, la question que je me pose. L’OpenSource c’est bel et bon, et j’en suis bien partisan, mais je voudrais quand même comprendre comment ça marche avant de faire le grand saut… C’est pour ça que j’ai commencé par chercher le compte d’exploitation de NPG (sans succès).

    (Sur la troisième question la réponse est facile : le coût du papier est négligeable dans cette histoire, par rapport au coût du secrétariat, de l’editing, de la mise en page –même un pdf est mis en page !!, etc.)

    “Ensuite, vu que c’est payé indirectement par nos impôts et vu qu’il s’agit de quasi monopôles”

    Ouais, enfin, si je me limite à mon domaine : Nature, Science, Geological Soc of America, American Geophysical Union, Springer, Elsevier… Ca commence à faire du monde pour un monopole, tout ça.

    “, ce ne serait pas une bonne idée de rendre tout ça un peu plus “public” ? ”

    Ca dépend de ce qui est plus efficace… C’est pas dit que au final ça “nous” (=communauté universitaire) revienne moins cher de le faire nous même, que de payer NPG/AAAS/Elsecier/etc pour le faire à notre place. D’un autre coté si on ajoute au package la diffusion libre à toute personne intéressée, c’est sûr que ça fait pencher la balance, à prix égal par ailleurs.

    Aisling donne des éléments de réponse :

    “Un des couts que JF ne mentionne pas pour les revues, c’est en plus du salaire des employes, les couts lies aux locaux. Nature par exemple a des bureaux a DC et a Londres, ce qui leur coute une fortune en foncier (et entretien).”

    Ce qui revient à dire que Nature est une revue “de luxe”, avec plein de coûts “somptuaires” (des locaux à Londres, une impression sur papier glacé, une mise en page classe (hem) (*) des communiqués de presse…) que des journaux comme PLoS ou ArxiV ne payent pas. La question devient alors de se demander combien ce service en particulier vaut pour les chercheurs ? Est-ce que ça vaut le prix qu’on le paye ? “at face value”, c’est pas sûr, mais si on considère que ce qu’on paye en fait c’est l’exposition au grand public et la diffusion plus large de ce qu’on fait, la question est plus ouverte.

    (*) là franchement, j’espère que c’est pas ça qui justifie le prix, parce que la mise en page de Nature ne casse pas trois pattes à un canard amho

  9. Denys Says:

    Étant donné que Nature Publishing Group est une filiale de Macmillan Publishers Ltd, a “privately-owned company” enregistrée au Royaume-Uni et qu’il ne faut pas confondre avec Macmillan, filiale du groupe familiale germanique Holtzbrinck, éditeur de l’Handelsblatt, de la Wirtschaftswoche, du Tagesspiegel et de Die Zeit, les chances de voir rendue publique la structure des coûts et des profits de la seule Nature me paraissent relativement faibles.

  10. JF Says:

    C’est aussi le point où j’en suis arrivé. Mais McMillan est coté en bourse, donc il doit publier ses résultats quelque part (NPG en tant que tel, pas forcément, parce que c’est une “division” de McMillan et pas une filiale, justement).

    Bah, on peut jouer avec un autre éditeur pour voir, hein, c’est pas très grave si le but est de compendre la structure des coûts. Elsevier par exemple…

  11. N. Holzschuch Says:

    Tiens, il y a eu une discussion dans “Communications of the ACM” ce mois-ci, à ce sujet.

    En fait, la discussion est partie de “comment ça se fait que les revues d’informatique mettent des mois à envoyer une réponse, alors que les revues de biologie/physique répondent très vite ? (ce qui explique la prédominance des conférences en informatique)”.

    Et une partie de la réponse semble venir, historiquement, des frais de secrétariat des revues (employer des secrétaires pour réceptionner les articles, un éditeur pour les dispatcher, des secrétaires pour les envoyer… Des pros, quoi) Ce n’est que récemment, avec le développement des soumissions électroniques, que les revues en informatique ont commencé à rattraper leur retard.

    Mais en même temps, ça n’explique pas pourquoi l’abonnement à NPG augmente (alors que eux aussi ont une réduction des coûts, théoriquement).

  12. JF Says:

    “Mais en même temps, ça n’explique pas pourquoi l’abonnement à NPG augmente (alors que eux aussi ont une réduction des coûts, théoriquement).”

    Enfin, dans le cas précis de U of C, ce sur quoi UC ne communique pas tellement c’est que ce n’est pas tant une “augmentation” que la fin d’une remise. Tom l’explique bien dans l’article plus haut, UC bénéficiait d’une remise considérable sur le tarif public et NPG a décidé de ne pas la reconduire. Alors c’est sûr que ça correspond à une augmentation de la facture, mais d’un autre coté on ne peut guère dire que “l’abonnement augmente”.

    (Bon, enfin les tarifs de NPG sont essentiellement à la tête du client, d’un autre coté…)

  13. Hervé Says:

    Oui, je suis pleinement d’accord avec ça. Les grosses revues c’est bien quand tu veux suivre un domaine très large, tu regardes avant tout ce qui y passe, mais quand tu fais une recherche biblio sur un sujet, ben tu regardes tout.

    En plus, si les gens prennent la peine de bien mettre leurs mots-clefs, voire les codes comme le code MSC en maths, la recherche devient vraiment efficace.

    En maths d’ailleurs y a un autre truc qu’est top quand tu fais la biblio, c’est les math reviews : pour chaque article une mini review écrite par quelqu’un d’autre que les auteurs ; avec ça et l’abstract tu arrives vite à trouver ce que tu cherches.

  14. Hervé Says:

    Euh, en fait, je répondais à Arnaud Spiwack, là.

  15. Hervé Says:

    C’est vrai que Nature refait beaucoup de mise en page, mais toutes les revues de maths reçoivent des articles tapés en LaTeX : quasiment camera ready.

  16. Hervé Says:

    @Tom : tout le monde ne peut pas faire comme Perelman, parce qu’il faut quand-même être lu et quand on n’a pas un grand nom si on se contente de mettre sur ArXiv ça fait suspect : y a pas eu de peer review, le lecteur potentiel va a priori se demander pourquoi cet article n’a été accepté nulle part, et éventuellement décider de ne pas perdre son temps.

    Par contre, tout le monde n’est pas obligé de se branler sur ses indices bibliographiques, ni de rechercher une gloriole imbécile. C’est pourtant ce qui se passe, de plus en plus, mais ça n’a pas mon adhésion.

  17. Tom Roud Says:

    Cela dit, je n’ai pas parlé d’un autre point important qui est, justement, cette augmentation continue des tarifs “non négociés”, que NPG évoque dans sa réponse et que l’UC commente ensuite même si ne la concerne effectivement pas directement. En fait, il semble que NPG augmente ses licenses sans remise de 7% par an depuis 4 ans … et l’UC souligne que c’est diablement rapide par rapport à l’inflation, surtout en temps de crise.

  18. Tom Roud Says:

    Je plussoie. Et rien ne m’énerve en plus quand je soumets un article à une revue de biologie que de devoir convertir tout en Word. Si tout le monde passait sous Latex, avec de bons templates, le travail de mise en page prendrait beaucoup moins de temps (et que je sache, Physical Review qui fait ça n’est pas la moins lue ni la moins prestigieuse).

  19. Tom Roud Says:

    Le problème, c’est que c’est bien plus que de la gloriole imbécile : publier dans Nature t’assure quasiment un poste dans certaines disciplines (notamment en biologie/médecine). C’est pour ça aussi qu’on peut parler de quasi-monopôle : dans les sciences du vivant, en gros, NPG et Cell ont le monopôle de la revue où il faut avoir publié pour survivre professionnellement.

  20. Tom Roud Says:

    Franchement, est-ce que c’est vraiment normal qu’en gros, Nature soit côté en bourse ? C’est totalement ubuesque, surtout qu’à mon avis, ils n’ont pas de grosses perspectives de croissance vu que de facto quasiment tout le monde est déjà abonné…

  21. herve Says:

    Oui, bien sûr, pour les gens qui n’ont pas encore de poste.

  22. Aisling Says:

    Et pour ceux qui font des demandes de grants aussi… Donc pas mal de monde au final.

  23. Dominique Says:

    “[NPG] souligne que le prix moyen par article téléchargé payé par l’UC est “seulement” de 0.56 $.”

    Il conviendrait de s’intéresser au mode de calcul de cout moyen “par article”, car il y a fort a parier qu’il s’agit en réalité du cout moyen par téléchargement !

    Téléchargement d’article certes ! mais 10 articles téléchargés n’égale pas 10 téléchargements d’articles, car dans le premier cas il s’agit – normalement – de 10 articles distinct, tandis que dans le second, si l’on connait le nombre de téléchargements on ignore celui des articles. Plusieurs téléchargements pouvant porter sur le même article et pas obligatoirement par des personnes différentes (consultation en ligne).

    La moyenne est juste, mais un léger glissement sémantique en change complétement la portée. On ne paye pas le téléchargement, alors le cout au téléchargement n’a guère d’intérêt ! … sauf pour l’éditeur comme argument quand il le fait passer pour un cout à l’article.
    (Et le fait d’être conforme aux recommandations COUNTER, ne change rien à la donne, car elles ne comptabilisent pas les articles, mais les envoies (i.e. les téléchargements coté serveur) des articles ! )

  24. Olivier M. Says:

    Bonjour,

    Débat passionnant, qui soulève de nombreuses questions sur la rétribution du travail des chercheurs, l’économie de la science et les questions d’accès à la science et la culture.

    Modestement, nous avons essayé de mettre en place un système de mise en ligne d’articles soit déjà parus, soit des actes de colloques, soit des publications originales sur notre site de partage scientifique sur les mondes numériques… bien entendu gratuit. Reste que dans un univers où l’argent est un benchmark de la réussite et de la solidité d’un projet, les projets open doivent penser leur intégration dans ce système.

    Une question peut être engagée sur les modalités de mutualisation des coûts, sachant que l’accès différenciés aux revues, en fonction de ses institutions d’appartenance renforce les inégalités dans les capacités à faire de la science. Et dieu sait qu’un état de l’art complet permet d’avancer, surtout en SHS.

    Il y a aussi les archives HAL pour la France. Et la débrouille, notamment demander directement un article à un auteur :)

    Quant aux hiérarchies, techniquement, elles doivent refléter le travail de production scientifique et la solidité du système de validation par pairs… et j’aurai tendance à dire que citer une revue identifiée et légitime peut être un implicite de validité de sa connaissance scientifique… un accord de lecture entre un lecteur qui n’a pas le temps de vérifier toutes les sources et un chercheur qui face à la marée d’informations via les recherches par mots-clefs braconne de plus en plus. Plus que les questions économiques, la question de la manière dont se fait la science est directement posée par ces enjeux…

  25. Tweets that mention Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ? — tomroud.com -- Topsy.com Says:

    [...] This post was mentioned on Twitter by Marin Dacos. Marin Dacos said: Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ? — tomroud.owni.fr: "Dans ce contexte, un conflit qui annonc… http://bit.ly/9hMT1P [...]

  26. Elsevier, un éditeur scientifique à boycotter ? » Article » OwniSciences, Société, découvertes et culture scientifique Says:

    [...] a déjà longuement discuté des problèmes liés aux revues scientifiques et des possibilités offertes par l’accès libre. Mais certaines pratiques  récentes du grand [...]

  27. Revues scientifiques : à quand la fin du travail gratuit ? | web-1.org Says:

    [...] la suite : http://tomroud.owni.fr/2010/06/14/revues-scientifiques-a-quand-la-fin-du-travail-gratuit/ Faites tourner l'info [...]

  28. Matières Vivantes » Blog Archive » Publications scientifiques : Princeton récupère ses billes Says:

    [...] publient. Ou comment sortir par le haut d’une situation ubuesque. Rappelons à cette occasion l’absurdité économique fondamentale du système de publication. Les revues scientifiques sont les canaux majeurs de publication, dont dépendent évidemment les [...]


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