Dur dur de travailler en ce moment. Entre la coupe du monde de foot, et le week-end prolongé du 4 juillet, mes collègues comme mon esprit sont ailleurs ! D’ailleurs, je déplore vraiment ces “vacances” forcées : la matinée aurait été belle après cette victoire extraordinaire contre le Brésil, mais personne n’est là. Car depuis l’entrée dans la phase éliminatoire, ça chambre sérieusement dans les couloirs de l’université. Après le but espagnol en huitièmes, un papy (vraisemblablement d’Amérique du Sud) est venu dans le coin de supporters français nous demander si c’était Zidane ou son grand-père qui jouait. Malheureusement, il n’a pas pu rester à la fin du match, contrairement à un professeur argentin (donc amateur de foot) qui n’aime pas beaucoup la France et qui est arrivé à la 80ième minute de France-Espagne, pensant assister à une fin de match 100% ibérique… Il n’a pas été déçu.
En tous cas, cette coupe du monde permet de mesurer la popularité (bien basse) de la France. Ainsi, un post-doc suisse m’a dit souhaiter la défaite de la France car celle-ci était incapable de se réformer économiquement ! C’était une remarque mi-ironique, mi-sérieuse, mais qui en dit long sur notre image ici… Les collègues sud-américains, qui m’avaient déjà fait subir quelques déjeuners plein de “French bashing”, font la tronche depuis quelques jours (terrible défaite de l’Argentine aux tirs aux buts…), et ne vont certainement pas nous aimer davantage… Heureusement pour nous, d’autres collègues, particulièrement les Allemands, sont au contraire très enthousiastes et nous félicitent après chacune des victoires des Bleus ! France-Allemagne en finale, ce serait sympa, et c’était ma finale rêvée comme le prouve le troisième billet de ce blog !
Sinon, si la victoire des Bleus a provoqué la joie des supporters en France, ici, la communauté est restée bien discrète. Il faut dire que la majorité de la population locale était pour le Brésil : les drapeaux auriverde fleurissaient dans les rues avant le quart de finale. Mais hier soir, la samba était en berne, et le concert brésilien organisé dans Central Park avait des accents bien tristes. J’ai regardé le match chez moi, en famille, sur la télé hispanique (une étrangeté cette télé : une chaîne typiquement américaine, avec des pubs américaines, des émissions à l’américaine, mais en Espagnol). Le légendaire José Luis Chilavert était consultant pour ce match (et a plus grossi que Platini). Très vite, les commentateurs ont senti quel était le sens du vent, ont loué les prouesses de Zidane et la domination française, ont même suggéré qu’il y avait en fait penalty sur la main de Ronaldo consécutif au coup-franc en fin de première mi-temps (et de fait, il semble qu’ils avaient raison, mais ce n’est plus très grave). Pendant la majeure partie du match, j’ai craint que la France ne parvienne pas à concrétiser sa domination évidente. Heureusement, ce fameux but est venu, et j’ai dû faire trembler tout l’immeuble en criant (je n’avais pas crié comme ça sur un but depuis le coup franc de Zidane contre l’Angleterre à la 92e minute à l’Euro 2004). La fin du match a été tranquille : on sentait que les Brésiliens ne parviendraient pas à revenir… Je réalise également pendant cette coupe du monde l’un des (rares) avantages à regarder les matches sur TF1. Certes, il faut subir les commentaires absurdes de Larqué et consorts, mais leurs retransmissions rendent très bien l’ambiance du stade. J’ai regardé de nouveau le but de Henry sur internet avec la bande-son de TF1, et on entend parfaitement les réactions des supporters, les “Allez les Bleus” qui se transforment en cris de joie sur le but. J’ai la chance de voir les matches (même si je crains maintenant de ne pas pouvoir voir la finale), la cerise sur le gâteau aurait été aussi de les entendre !
En attendant, je savoure (un peu à distance, mais beaucoup par internet
) la joie footballistique (simple, éphémère et tout à fait futile) de voir mon équipe favorite bien jouer et être en demies, après l’avoir soutenue contre vents et marées depuis longtemps et avoir subi les sarcasmes et avanies des amateurs de foot de mauvaise foi ou peu éclairés (quelques exemples ici, là… le mieux est cet article tout à fait saisissant et anti-prémonitoire du Guardian avant France-Togo…). Je comprends mieux les supporters de foot historiques, allant soutenir leur équipe au fond du trou, en deuxième ou troisième division : l’histoire est tellement plus belle quand elle a très mal commencé, et qu’on y a toujours cru depuis le début… Encore une fois contre le Portugal, allez les Bleus !