OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 La science aussi a son point Godwin: le syndrome de Galilée http://owni.fr/2011/05/29/la-science-aussi-a-son-point-godwin-le-syndrome-de-galilee/ http://owni.fr/2011/05/29/la-science-aussi-a-son-point-godwin-le-syndrome-de-galilee/#comments Sun, 29 May 2011 12:30:00 +0000 Pierre Ropert http://owni.fr/?p=64833 En matière d’argumentation, tout est affaire de point G. Non pas celui d’une éventuelle source de plaisirs suprêmes, mais bien celui du point de non retour lors d’un débat argumenté. Au fameux point Godwin succède ainsi son versant scientifique, le syndrome de Galilée.

Et pourtant elle tourne.

Galilée a beau ne jamais avoir prononcé ces mots (la phrase est apocryphe), il n’en a pas moins été condamné à la prison à vie pour ses théories. Au début du XVIIe siècle, l’astronome italien s’emploie à démontrer que l’Univers ne tourne pas autour de la Terre, mais que c’est au contraire la Terre qui tourne autour du soleil. Une définition qui convient peu à l’Église, persuadée de l’immuabilité de la planète bleue dans un univers en mouvement. Contraint de renier ses travaux, mais reconnu depuis à titre posthume, Galilée devient le symbole du génie incompris.

À ce génie mis au ban auraient donc succédé certaines sommités parmi lesquelles Jacques Benveniste, Claude Allègre, Éric Zemmour (pourtant loin d’être un scientifique), etc. Après tout, si Galilée était un incompris, pourquoi pas eux ?

Galillègre : quand le syndrome contamine Claude Allègre

Vers le point Godwin

L’argument est évidemment spécieux puisqu’il s’agit là d’une analogie douteuse. Une ressemblance ne prouve en rien la validité d’un argumentaire scientifique. Ce n’est pas parce que Galilée a eu raison, que les climato-sceptiques, en se comparant à lui, ont raison à leur tour.

Cette façon de procéder est très proche de la loi de Godwin, énoncée en 1990 par Mike Godwin, qui considère que :

Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.

La “loi de Godwin” a depuis très largement dépassé les frontières du web pour s’appliquer également aux débats IRL. Et une telle comparaison (au demeurant souvent accompagnée de la phrase : “les heures les plus sombres de notre histoire”), si elle s’inscrit dans une conversation qui ne traite pas directement de ce sujet, achève souvent de discréditer son auteur.

Dans le même genre, le syndrome de Galilée ressemble étonnamment au Point Godwin. Sur la page wikipédia “Esprit critique”, on en trouve d’ailleurs une définition :

Toute personne qui adhère à une pseudo-théorie la considère presque toujours comme révolutionnaire, et en outre s’estime persécutée.

Processus de victimisation

Parmi les victimes malheureuses du syndrome de Galilée, on retrouve notamment les climato-sceptiques ou les partisans des parasciences (les sciences non reconnues par la communauté scientifique parmi lesquelles : l’astrologie, l’homéopathie, la graphologie, etc.).

Claude Allègre, par exemple, géochimiste et ex-ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, n’hésite pas à se comparer à Galilée (ainsi qu’à Louis Pasteur auparavant) à l’occasion d’un débat pour l’émission l’Objet du scandale (à environ 8′15”) :

Galilée disait : “Il vaut mieux une personne qui sait, que 1000 personnes qui ne savent pas”. Je pense que la quasi totalité des gens [les enseignants-chercheurs] qui sont là dedans ne savent pas. Tout comme j’étais tout seul contre 3000 personnes -je crois qu’on était 2- au moment de la tectonique des plaques.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Il s’agit ici du processus de victimisation typique : “je suis seul contre tous, donc j’ai raison, la preuve, Galilée était seul contre tous, et il a eu raison“. Claude Allègre connaît pourtant d’autant mieux son sujet qu’il a écrit un ouvrage sobrement intitulé “Galilée”.

Citons aussi Serge Galam, directeur de recherche au CNRS et climato-sceptique, qui dans une tribune adressée au journal Le Monde en février 2007 s’offre le luxe du syndrome de Galilée (qui aurait, selon lui, démontré que la Terre est… ronde) ET d’un point Godwin :

Lorsque Galilée a conclu que la Terre était ronde, le consensus unanime était contre lui, s’accordant sur la platitude de la Terre. Mais lui avait la démonstration de sa conclusion. De façon similaire, à l’époque nazie la théorie de la relativité fut rejetée, estampillée comme une théorie juive dégénérée, avec à l’appui une pétition de grands scientifiques de l’époque, qui signaient du haut de leur autorité établie. Einstein aurait alors dit que des milliers de signatures n’étaient pas nécessaires pour invalider sa théorie. Il suffirait d’un seul argument, mais scientifique. [...]

Mais, attention, lorsque les scientifiques et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon… pour les humains ; voir les précédents historiques : nazisme, communisme, Inquisition (les docteurs sont des théologiens). En conclusion, lutter contre la pollution, pourquoi pas ? Mais si le réchauffement est naturel, ce n’est vraiment pas la priorité.

Du côté des parasciences, l’exemple de Jacques Benveniste fait figure d’autorité.  Ce chercheur s’est notamment fait connaître pour ses recherches sur la “mémoire de l’eau“, qui lui ont valu d’être évincé de l’INSERM. Sa théorie fait encore largement débat aujourd’hui malgré de farouches opposants et l’absence de résultats concrets. Elle est cependant défendue par quelques scientifiques (dont Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour sa collaboration à la découverte du VIH) et par les partisans de l’homéopathie, qui voit là la confirmation de l’efficacité de leur (para)science. Le fait est que Jacques Benveniste est probablement un des scientifiques qui souffre le plus du syndrome de Galilée, tant ses recherches sont l’objet de controverses : Luc Montagnier affirme ainsi qu’il s’agit d’une affaire “aussi importante que l’affaire Galilée”  et L’Association Jacques Benveniste pour la recherche organisait, il y a encore peu de temps, une conférence sur le thème “Jacques Benveniste, Galilée des temps modernes”.

Ces comparaisons ne sont en rien une preuve. Elles tiennent plus de l’argument d’autorité que d’une véritable démonstration du bien fondé des recherches de Benveniste.

Si la référence à Galilée est utilisée par quelques scientifiques -plus ou moins crédibles- en mal d’arguments pour défendre leurs hypothèses, ce sont surtout leurs zélés défenseurs qui font l’amalgame. Ainsi on pourrait définir le point Galilée de la sorte :

Plus une discussion en ligne sur un sujet scientifique dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant Galilée ou l’inquisition tend vers 1.

Sur les forums, des experts improvisés témoignent en effet de la persécution de la communauté scientifique à l’encontre de leurs Galilée des temps modernes. Une comparaison d’autant plus illogique que l’astronome incarnait le combat de la raison contre la religion. Et non pas de la raison contre la raison, ou de la science contre la science.

Surtout, outre un certain manque de modestie (il faut oser se comparer à Galilée sans le recul de l’Histoire), l’argument ne tient pas, ne serait-ce que sur le plan purement historique.

Un Galilée devenu mythique

Contrairement à l’idée couramment répandue, Galilée était loin d’être incompris. A une époque où les sciences visaient à prouver le bien fondé de la religion, il était difficile de s’éloigner des écrits saints sans passer pour un hérétique. Giordano Bruno, un autre astronome italien, a ainsi été brûlé vif en 1600, pour avoir affirmé que l’univers était infini et qu’il existait donc une infinité de terres et de soleils. Pour parvenir à ces conclusions Bruno s’était appuyé sur les travaux d’un certain Nicolas Copernic.

Travaux qui ont également servi de point de départ aux théories avancées par Galilée. Avant Copernic, il était communément admis que l’univers était géocentrique. Cette idée, développée par Aristote puis par Ptolémée, veut que la Terre soit immobile, au centre de l’Univers, et que les planètes (le soleil et la lune) gravitent autour d’elle en décrivant des cercles parfaits. Une théorie largement acceptée par la religion catholique.

Copernic, lui, développe l’hypothèse de l’héliocentrisme, faisant du soleil un astre autour duquel les planètes, dont la Terre, graviteraient. Son ouvrage clé, «Nicolai Copernici Torinensis De Revolutionibus Orbium Coelestium Libri VI», paraît l’année de sa mort, en 1543, et est dédicacé au pape Paul III. Copernic était un protégé du pape, comme le sera à son tour Galilée avec le pape Urbain VIII. Ce dernier lui commande d’ailleurs un livre, “Dialogue sur les deux grands systèmes du monde“, dans lequel Galilée doit présenter de façon impartial les théories aristotéliciennes et coperniciennes. Mais l’astronome italien profite de son ouvrage pour railler le géocentrisme (le défenseur de cette thèse étant d’ailleurs nommé “Simplicio”) au profit de l’héliocentrisme.

Devant l’ampleur du scandale, le Pape lui même prend le parti des adversaires de Galilée. Avec la suite que l’on connaît : Galilée est poursuivi par l’inquisition, contraint de renier son œuvre et condamné à la prison à vie. Peine immédiatement commuée par le Pape en une assignation à résidence (qui sera d’ailleurs relativement assouplie, le scientifique est autorisé à changer de lieu et à recevoir des visites).

Galilée, contrairement aux croyances, n’était donc pas un laissé-pour-compte. Il comptait au contraire de nombreux soutiens, à la fois dans la communauté scientifique (notamment Johannes Kepler, célèbre astronome allemand) mais également chez les religieux (le Pape) ou les nobles (les de Medicis).

L’astronome italien n’a pas tant été jugé par ses comparses scientifiques que par le dogme chrétien (représenté par l’inquisition). Une situation incomparable de nos jours, au vu de la place qu’occupe la religion dans les sciences.

Preuve est faite que les points G (non sexués a-t-on dit) ne sont pas des arguments valides. Peut-être nous intéresserons-nous, une prochaine fois, aux points P (syndromes de Poppeye, du poulpe et de Pangloss).


Photos Flickr CC PaternitéPartage selon les Conditions Initiales par theilr et PaternitéPas d'utilisation commerciale Pas de modification par jennandjon

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Le syndrome de Galilée, point Godwin de la science http://owni.fr/2011/05/26/le-syndrome-de-galilee-point-godwin-de-la-science/ http://owni.fr/2011/05/26/le-syndrome-de-galilee-point-godwin-de-la-science/#comments Thu, 26 May 2011 15:57:30 +0000 Pierre Ropert http://owni.fr/?p=34932 En matière d’argumentation, tout est affaire de point G. Non pas celui d’une éventuelle source de plaisirs suprêmes, mais bien celui du point de non retour lors d’un débat argumenté. Au fameux point Godwin succède ainsi son versant scientifique, le syndrome de Galilée.

Et pourtant elle tourne.

Galilée a beau ne jamais avoir prononcé ces mots (la phrase est apocryphe), il n’en a pas moins été condamné à la prison à vie pour ses théories. Au début du XVIIe siècle, l’astronome italien s’emploie à démontrer que l’Univers ne tourne pas autour de la Terre, mais que c’est au contraire la Terre qui tourne autour du soleil. Une définition qui convient peu à l’Église, persuadée de l’immuabilité de la planète bleue dans un univers en mouvement. Contraint de renier ses travaux, mais reconnu depuis à titre posthume, Galilée devient le symbole du génie incompris.

À ce génie mis au ban auraient donc succédé certaines sommités parmi lesquelles Jacques Benveniste, Claude Allègre, Éric Zemmour (pourtant loin d’être un scientifique), etc. Après tout, si Galilée était un incompris, pourquoi pas eux ?

Galillègre : quand le syndrome contamine Claude Allègre

Vers le point Godwin

L’argument est évidemment spécieux puisqu’il s’agit là d’une analogie douteuse. Une ressemblance ne prouve en rien la validité d’un argumentaire scientifique. Ce n’est pas parce que Galilée a eu raison, que les climato-sceptiques, en se comparant à lui, ont raison à leur tour.

Cette façon de procéder est très proche de la loi de Godwin, énoncée en 1990 par Mike Godwin, qui considère que :

Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.

La “loi de Godwin” a depuis très largement dépassé les frontières du web pour s’appliquer également aux débats IRL. Et une telle comparaison (au demeurant souvent accompagnée de la phrase : “les heures les plus sombres de notre histoire”), si elle s’inscrit dans une conversation qui ne traite pas directement de ce sujet, achève souvent de discréditer son auteur.

Dans le même genre, le syndrome de Galilée ressemble étonnamment au Point Godwin. Sur la page wikipédia “Esprit critique”, on en trouve d’ailleurs une définition :

Toute personne qui adhère à une pseudo-théorie la considère presque toujours comme révolutionnaire, et en outre s’estime persécutée.

Processus de victimisation

Parmi les victimes malheureuses du syndrome de Galilée, on retrouve notamment les climato-sceptiques ou les partisans des parasciences (les sciences non reconnues par la communauté scientifique parmi lesquelles : l’astrologie, l’homéopathie, la graphologie, etc.).

Claude Allègre, par exemple, géochimiste et ex-ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, n’hésite pas à se comparer à Galilée (ainsi qu’à Louis Pasteur auparavant) à l’occasion d’un débat pour l’émission l’Objet du scandale (à environ 8′15”) :

Galilée disait : “Il vaut mieux une personne qui sait, que 1000 personnes qui ne savent pas”. Je pense que la quasi totalité des gens [les enseignants-chercheurs] qui sont là dedans ne savent pas. Tout comme j’étais tout seul contre 3000 personnes -je crois qu’on était 2- au moment de la tectonique des plaques.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Il s’agit ici du processus de victimisation typique : “je suis seul contre tous, donc j’ai raison, la preuve, Galilée était seul contre tous, et il a eu raison“. Claude Allègre connaît pourtant d’autant mieux son sujet qu’il a écrit un ouvrage sobrement intitulé “Galilée”.

Citons aussi Serge Galam, directeur de recherche au CNRS et climato-sceptique, qui dans une tribune adressée au journal Le Monde en février 2007 s’offre le luxe du syndrome de Galilée (qui aurait, selon lui, démontré que la Terre est… ronde) ET d’un point Godwin :

Lorsque Galilée a conclu que la Terre était ronde, le consensus unanime était contre lui, s’accordant sur la platitude de la Terre. Mais lui avait la démonstration de sa conclusion. De façon similaire, à l’époque nazie la théorie de la relativité fut rejetée, estampillée comme une théorie juive dégénérée, avec à l’appui une pétition de grands scientifiques de l’époque, qui signaient du haut de leur autorité établie. Einstein aurait alors dit que des milliers de signatures n’étaient pas nécessaires pour invalider sa théorie. Il suffirait d’un seul argument, mais scientifique. [...]

Mais, attention, lorsque les scientifiques et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon… pour les humains ; voir les précédents historiques : nazisme, communisme, Inquisition (les docteurs sont des théologiens). En conclusion, lutter contre la pollution, pourquoi pas ? Mais si le réchauffement est naturel, ce n’est vraiment pas la priorité.

Du côté des parasciences, l’exemple de Jacques Benveniste fait figure d’autorité.  Ce chercheur s’est notamment fait connaître pour ses recherches sur la “mémoire de l’eau“, qui lui ont valu d’être évincé de l’INSERM. Sa théorie fait encore largement débat aujourd’hui malgré de farouches opposants et l’absence de résultats concrets. Elle est cependant défendue par quelques scientifiques (dont Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour sa collaboration à la découverte du VIH) et par les partisans de l’homéopathie, qui voit là la confirmation de l’efficacité de leur (para)science. Le fait est que Jacques Benveniste est probablement un des scientifiques qui souffre le plus du syndrome de Galilée, tant ses recherches sont l’objet de controverses : Luc Montagnier affirme ainsi qu’il s’agit d’une affaire “aussi importante que l’affaire Galilée”  et L’Association Jacques Benveniste pour la recherche organisait, il y a encore peu de temps, une conférence sur le thème “Jacques Benveniste, Galilée des temps modernes”.

Ces comparaisons ne sont en rien une preuve. Elles tiennent plus de l’argument d’autorité que d’une véritable démonstration du bien fondé des recherches de Benveniste.

Si la référence à Galilée est utilisée par quelques scientifiques -plus ou moins crédibles- en mal d’arguments pour défendre leurs hypothèses, ce sont surtout leurs zélés défenseurs qui font l’amalgame. Ainsi on pourrait définir le point Galilée de la sorte :

Plus une discussion en ligne sur un sujet scientifique dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant Galilée ou l’inquisition tend vers 1.

Sur les forums, des experts improvisés témoignent en effet de la persécution de la communauté scientifique à l’encontre de leurs Galilée des temps modernes. Une comparaison d’autant plus illogique que l’astronome incarnait le combat de la raison contre la religion. Et non pas de la raison contre la raison, ou de la science contre la science.

Surtout, outre un certain manque de modestie (il faut oser se comparer à Galilée sans le recul de l’Histoire), l’argument ne tient pas, ne serait-ce que sur le plan purement historique.

Un Galilée devenu mythique

Contrairement à l’idée couramment répandue, Galilée était loin d’être incompris. A une époque où les sciences visaient à prouver le bien fondé de la religion, il était difficile de s’éloigner des écrits saints sans passer pour un hérétique. Giordano Bruno, un autre astronome italien, a ainsi été brûlé vif en 1600, pour avoir affirmé que l’univers était infini et qu’il existait donc une infinité de terres et de soleils. Pour parvenir à ces conclusions Bruno s’était appuyé sur les travaux d’un certain Nicolas Copernic.

Travaux qui ont également servi de point de départ aux théories avancées par Galilée. Avant Copernic, il était communément admis que l’univers était géocentrique. Cette idée, développée par Aristote puis par Ptolémée, veut que la Terre soit immobile, au centre de l’Univers, et que les planètes (le soleil et la lune) gravitent autour d’elle en décrivant des cercles parfaits. Une théorie largement acceptée par la religion catholique.

Copernic, lui, développe l’hypothèse de l’héliocentrisme, faisant du soleil un astre autour duquel les planètes, dont la Terre, graviteraient. Son ouvrage clé, «Nicolai Copernici Torinensis De Revolutionibus Orbium Coelestium Libri VI», paraît l’année de sa mort, en 1543, et est dédicacé au pape Paul III. Copernic était un protégé du pape, comme le sera à son tour Galilée avec le pape Urbain VIII. Ce dernier lui commande d’ailleurs un livre, “Dialogue sur les deux grands systèmes du monde“, dans lequel Galilée doit présenter de façon impartial les théories aristotéliciennes et coperniciennes. Mais l’astronome italien profite de son ouvrage pour railler le géocentrisme (le défenseur de cette thèse étant d’ailleurs nommé “Simplicio”) au profit de l’héliocentrisme.

Devant l’ampleur du scandale, le Pape lui même prend le parti des adversaires de Galilée. Avec la suite que l’on connaît : Galilée est poursuivi par l’inquisition, contraint de renier son œuvre et condamné à la prison à vie. Peine immédiatement commuée par le Pape en une assignation à résidence (qui sera d’ailleurs relativement assouplie, le scientifique est autorisé à changer de lieu et à recevoir des visites).

Galilée, contrairement aux croyances, n’était donc pas un laissé-pour-compte. Il comptait au contraire de nombreux soutiens, à la fois dans la communauté scientifique (notamment Johannes Kepler, célèbre astronome allemand) mais également chez les religieux (le Pape) ou les nobles (les Medicis).

L’astronome italien n’a pas tant été jugé par ses comparses scientifiques que par le dogme chrétien (représenté par l’inquisition). Une situation incomparable de nos jours, au vu de la place qu’occupe la religion dans les sciences.

Preuve est faite que les points G (non sexués a-t-on dit) ne sont pas des arguments valides. Peut-être nous intéresserons-nous, une prochaine fois, aux points P (syndromes de Poppeye, du poulpe et de Pangloss).


Photos Flickr CC PaternitéPartage selon les Conditions Initiales par theilr et PaternitéPas d'utilisation commerciale Pas de modification par jennandjon

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“Le ciel dans la tête”: petites histoires de l’astronomie http://owni.fr/2011/05/19/livre-astronomie-telescope/ http://owni.fr/2011/05/19/livre-astronomie-telescope/#comments Thu, 19 May 2011 09:26:39 +0000 Walter Appel http://owni.fr/?p=34838 L’ouvrage de M. Giraud-Ruby est difficile à classer. Dans son genre, c’est un monument. Ses 544 pages couvrent toute l’histoire de l’astronomie, depuis la préhistoire et l’Antiquité jusqu’à nos jours. Mais ce n’est pas une encyclopédie. On y cherchera en vain les grands chapitres classiques qui jalonnent les ouvrages historiques classiques, les événements importants et les “ères” consacrées : celles de Ptolémée, de Copernic, de Galilée, de Newton, d’Einstein ou de Hubble. Non que l’auteur les ignore, bien entendu, mais son exposition est toute autre : thématique et non historique dans sa structure générale, anecdotique et jamais hagiographique dans sa présentation des hommes et des événements qui ont fait la science.

Anecdotique, avons-nous dit, mais il ne faut surtout pas y voir là une nuance négative ! Car les anecdotes, souvent croustillantes, participent grandement au plaisir immense de la lecture. Jamais hagiographiques, avons-nous ajouté, car l’auteur se garde d’élever des statues aux grandes figures de l’histoire astronomique mondiale. Les acteurs de cette histoire sont replacés dans leur humaine condition, et éclairés de façon à faire sortir leur part d’ombre (l’intérêt de nombreux astronomes pour l’astrologie) ou de pénombre (les frasques sexuelles de Halley, les querelles d’intérêt, la vanité, les coups bas…). D’autres, habituellement ignorés, sont mis en lumière : comme Edgar Poe (les assidus ne feront pas une grande découverte en lisant qu’il fut cosmologiste amateur, et proposa le premier une interprétation hardie du paradoxe d’Olbers ).

Signe des temps, du désenchantement du monde, de la perte des modèles humains ? Peut-être, mais sans la moindre nuance de tristesse, d’amertume ou de rancœur. Les protagonistes nous apparaissent plus vivants, plus sympathiques, plus proches de nous enfin, que dans bien d’autres ouvrages.

Des livres dans le livre

L’ouvrage s’articule en quatre grands thèmes : définitions du temps et de l’espace ; l’inépuisable curiosité pour l’univers des étoiles ; les remous idéologiques autour des planètes ; la popularité des mythes cosmologiques. Chaque thème est l’occasion d’un « livre », largement indépendant des autres, qui retrace l’histoire de l’astronomie, plus ou moins chronologiquement. Les mêmes événements sont ainsi visités plusieurs fois, avec des points de vue différents.
La première partie met particulièrement bien en valeur la dette dont l’astronomie est redevable au commerce, à la guerre et à la politique, à travers la marine. Car, pour pouvoir naviguer efficacement, il faut pouvoir déterminer la longitude. Or il faut, pour cela, connaître l’heure exacte. Problème : les meilleures déterminations, à long terme, de l’heure sont basées sur les méthodes astronomiques, qui à leur tour nécessitent de connaître la longitude. On n’en sort pas, à tel point que “la détermination de la longitude” devient un temps synonyme de “la quadrature du cercle” : un problème insoluble auquel seuls les fous peuvent prétendre s’attaquer. Pourtant, le problème finit par devenir urgent : des navires sombrent après des erreurs d’estimation de longitude… et quand il s’agit de navires militaires, les politiques finissent par débloquer les crédits pour la recherche !

À côté des travaux de perfectionnement des chronomètres, des méthodes astronomiques se mettent en place, basées sur des tables précises des éclipses des satellites de Jupiter. Pour l’anecdote, lorsque Cassini présenta à Louis XIV le nouveau tracé de la carte de France, plus précise mais rétrécie, celui-ci fit remarquer à Colbert : “Vos astronomes ont fait perdre plus de territoire plus que nos généraux n’en ont conquis.” Ainsi, des considérations militaro-politiques débloquent souvent les crédits qui font avancer la connaissance “pure”. Faire le lien entre science et politique, société, religion, mysticisme, gloriole, guerre et espionnage, est un souci constant de l’auteur. L’une de ses thèses est d’ailleurs la suivante : la connaissance pure est une retombée indirecte des motivations “impures”, et non le contraire comme on se plaît parfois à le croire.

La deuxième partie est consacrée aux “mordus” de l’astronomie, ceux qui, poussés par leur passion, consacrent leur vie à la science, quand bien même ils devraient polir à la main des miroirs de 2,5 mètres, au millionième de millimètre près, et les faire monter à dos de mules par des sentiers montagneux d’une étroitesse effrayante.

Des modèles planétaires pour les horoscopes

Dans la troisième partie (les remous idéologiques autour des planètes), nous retrouvons les modèles planétaires, de l’antiquité à Copernic ; ils sont expliqués de manière bien plus précise que ce qu’il est possible de lire habituellement . On comprend notamment pourquoi les anciens modèles fonctionnaient si bien et, surtout, dans quel but : c’était notamment pour pouvoir établir des horoscopes précis ! Jusqu’à Kepler, c’est le but des tables de position des planètes. Et parfois, les découvertes tiennent à peu de choses : Tycho Brahe n’a pu accomplir son formidable travail que parce qu’il avait d’importants fonds, généreusement alloués par le roi Frédéric II de Danemark (le père de Tycho s’étant sacrifié pour sauver son roi de la noyade). Johannes Kepler, dont les motivations étaient profondément mystiques, n’a pu achever son œuvre que grâce à la mort prématurée de Tycho Brahe ; encore la chance était-elle de son côté : deux erreurs de calcul se sont miraculeusement compensées…

De la recherche rigoureuse des nouvelles planètes (Uranus, Neptune) aux phantasmes sur les canaux de Mars, des sondes planétaires aux astéroïdes tueurs (dont on a fini par comprendre l’importance dans l’histoire géologique de la Terre), l’auteur réexplique, à sa façon toujours originale, les grands débats qui ont échauffé les esprits. Il ne se prive pas d’ailleurs d’y ajouter, çà et là, ses propres thèses , fondées sur ses connaissances en physique, en astronomie, et en géophysique. Et, parfois, défonce gentiment le décor érigé par la tradition. Ainsi, les cosmologistes modernes, dont le goût pour les outils mathématiques agace l’auteur , sont comparés à des coqs de village pérorant en rêve de gloire… et sont renvoyés dos à dos au mysticisme de Kepler. La mythologie qui s’est construite autour du Big Bang, des équations d’Einstein, de la théorie des cordes, des Théories du Tout, en prend pour son grade. On se fera l’opinion que l’on voudra sur les idées personnelles de l’auteur ; mais on sortira convaincu que les coups de pieds (intellectuels) sont toujours bons à prendre.

Titre du livre : Le ciel dans la tête
Auteur : Alain Giraud-Ruby
Éditeur : Actes Sud
Date de publication : 02/05/10
N° ISBN : 2742791205


Article initialement publié sur NonFiction sous le titre “Une lecture nouvelle et décapante de l’histoire de l’astronomie”.

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