OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’Internationale des hackers réunie en Serbie http://owni.fr/2012/05/10/linternationale-des-hackers-reunie-en-serbie/ http://owni.fr/2012/05/10/linternationale-des-hackers-reunie-en-serbie/#comments Thu, 10 May 2012 08:01:46 +0000 Florentin Cassonnet http://owni.fr/?p=109306 OWNI y était. L'occasion d'entendre des spécialistes de l'intrusion et du craquage. L'occasion surtout de confirmer que l'activisme politique ne peut plus se passer de l'hacktivisme. La société du spectacle a donné naissance à la société de surveillance, développée autour d'habiles fictions. Et l'activiste 2.0 est son sauveur. Entre bonnes bières et danses furieuses. Reportage.]]>

George "Geohot" Hotz sur la scène de Share à Belgrade, avril 2012 (cc) Share Conference

Dom Omladine, la Maison de la jeunesse de Belgrade. George Hotz monte sur scène et le public de l’amphithéâtre plein à craquer siffle, crie, applaudit à tout rompre. Ici, George Hotz est une superstar.

Une superstar sans guitare mais avec une télécommande, un ordinateur devant et un écran derrière lui : Geohot est hacker. Mais un “white hat” hacker qui entend le hacking dans son sens de détournement de l’usage originel de l’objet. En 2007, il hacke le premier iPhone pour pouvoir utiliser son propre opérateur téléphonique et non seulement l’entreprise AT&T. Il a 17 ans. En 2009, il se fait la Playstation 3, de Sony. Avant de monter sur scène, il enfile une veste de costume qu’il retirera juste après. Il parle vite, comme si le monde entier parlait l’américain. Pourtant, il s’exprime devant un auditoire international, à Belgrade, en Serbie.

Dans les gradins, comme un cliché, pratiquement tout le monde a un ordinateur ou un téléphone connecté à l’un des six émetteurs wifi prévus pour l’évènement, avec bien souvent une page Facebook d’ouverte. La Share Conference est un mélange d’activisme par nouvelles technologies interposées et de concerts/fêtes/musique.

Échelle des valeurs

George Hotz raconte l’histoire qui lui a valu son procès contre Sony (qui s’est terminé à l’amiable en avril 2011). “Je n’ai pas pas le droit de parler du procès, mais… j’ai quand même écrit une chanson de rap dessus.” La salle se marre quand il commence à rapper. Entre autres vers : “Mais putain, ils sont une entreprise et moi je suis la personnification de la liberté pour tous“. Plus tard, dans les escaliers, le jeune hacker se fait arrêter par des filles pour une séance photo. Le geek activiste politisé est devenu le chevalier des temps modernes.

George "geohot" Hotz sur la scène de Share à Belgrade, avril 2012 (cc) Share Conference

Chevalier des temps modernes ou “whistleblower” (lanceur d’alertes). C’est ainsi que Daniel Domscheit-Berg nomme les héros d’un monde où Bradley Manning (une taupe supposée de Wikileaks selon le Pentagone) serait en haut de l’échelle des valeurs. L’ancien numéro deux de Wikileaks qui s’est brouillé avec Julian Assange et une bonne partie de ses anciens collègues tente de développer depuis un an un site concurrent, Openleaks. Il s’agit, grâce à Internet, d’aller dans des endroits où on ne peut pas aller : “Est-ce que je connais l’agenda de mon gouvernement ? Non.” Internet serait un outil dans lequel des whistleblowers pourraient avoir confiance pour rendre publiques des informations, pour agir selon la morale et non forcément selon la loi : nouveau projet, nouvelles valeurs, nouveaux héros.

Activisme apolitique

Pourtant, l’évènement ne ressemble pas à un meeting de parti politique. Le ton n’est pas à l’endoctrinement, les conférenciers sont trop variés pour produire un discours monolithique, l’ambiance se rapproche de celle d’un festival où trop de choses ont lieu en même temps pour qu’une personne puisse assister à tout. Il faut donc s’élaborer son propre menu entre conférences, culture, sessions questions/réponses, séance et travail et bière au bar.

Rasmus Fleischer sur la scène de Share à Belgrade, avril 2012 (cc) Share Conference

Le rassemblement est a priori apolitique, au sens où aucun parti conventionnel ne saurait s’en prévaloir, mais son contenu est hautement politique. Rasmus Fleisher, l’un des fondateurs du Bureau for Piracy et de Pirate Bay, parle de “contre-révolution du smorgasbord digital” (buffet à la scandinave).

Si Internet est coupé quelque part, en Serbie, en Égypte, en Tunisie, on a besoin d’organiser un ’sneakernet’ (un réseau de coursiers), un ‘radionet’, avec des pirates, etc. Il faut réussir à combiner la vitesse (d’Internet) et la lenteur (dont a besoin la réflexion).

Jérémie Zimmerman, de la Quadrature du Net, se met à distance de tout parti politique. Même des partis pirates. Car il ne joue pas dans l’arène partisane mais plus dans le lobbying au long cours, même s’il n’aime pas le terme. Il veut changer les esprits des gens – et des parlementaires. Il parle de “guerre : copyright versus partage”.

Et on peut gagner cette guerre sans verser une seule goutte de sang. Il faut protéger Internet comme un bien commun décentralisé et non comme une entreprise privée.

Jérémie Zimmermann sur la scène de Share à Belgrade, avril 2012 (cc) Share Conference

Le lendemain, Andrew Keen, écrivain polémiste, dénoncera l’ambition de Facebook de devenir “le système opérateur central du réseau“.

Pouvoir danser

Il met en garde : “Big data companies are as exploitative as big oil companies or big pharmaceutical companies “. La veille, dans l’après-midi, Eben Moglen, l’inventeur de la Freedom Box, était sur l’écran pour délivrer son message. Vissé sur sa chaise comme accroché à sa cravate bleu clair, sa vidéo de 15 minutes prendra peu à peu l’allure d’un film d’horreur avec Big Data dans le rôle de Big Brother :

Partout sur la planète, dans les supposées démocraties comme la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, des lois et règlements sont mis en place pour collecter des données sur les citoyens. La search box (l’outil de recherche) livre ce qu’il y a dans nos têtes. Et Facebook, l’arme la plus menaçante pour la société, est entre les mains d’un enfant.

Si le fond de son intervention entre en résonance avec les propos de nombreux autres conférenciers, ce ton apocalyptique sonnait presque faux quand chaque soir, tout le monde partait faire la fête jusqu’à tard dans la nuit. Et ça se voyait sur les têtes à la reprise des conférences les lendemains midis.

DMX crew live DJ set (cc) Conférence Share, Belgrade, avril 2012

Présent lors de la première édition en 2011, Sam Graham Felsen, blogueur en chef de la campagne d’Obama en 2008, s’est lancé dans une définition de l’esprit :

Je ne veux pas de révolutions si je ne peux pas danser. C’est de ça dont il s’agit : créer le changement social tout en se marrant.

On retrouve ici le leitmotiv des Anonymous : haktivism et lulz (pluriel de lol ou la marrade virtuel). Mais rien de tout cela n’est neuf. Sauf que défiler derrière une camionette de la CGT avec Mireille qui chante du Renaud dans des enceintes saturées, ce n’est plus forcément la conception que les jeunes ont du “changement social tout en se marrant“.

Mourir dans 4 ans

Trois jours après la fin de Share Conference, je retrouve Vladan Joler à Novi Sad, troisième ville de Serbie. Il porte un T-shirt “Creative Commons”, répond ouvertement aux questions, mais garde toujours un oeil sur son fils de deux ans qui courre dans tous les sens. Ce serbe de 34 ans est le fondateur et directeur de Share Conference. Il revient sur l’évènement :

C’est un mix de gens de gauche, d’activistes, de hackers, qui sont généralement des cercles plutôt fermés, avec des fétichistes techno-Internet pour la révolution. Il s’agissait de rassembler au même endroit des enfants d’Internet, les mouvements d’open sources, des ONG, des universités, des gouvernements et des outils pour pouvoir voir the big picture.

Vladan Joler, fondateur de Share, à Belgrade, avril 2012 (cc) Share Conference

La première édition de Share Conference a eu lieu en 2011. Par exemple, était présent Sami Ben Gharbia, activiste sur Internet et opposant politique tunisien impliqué dans la révolution qui a chassé Ben Ali du pouvoir. Et les conférenciers de 2011 ont servi de programmation décentralisée pour trouver les conférenciers de 2012. “On voulait déconstruire l’évènement. Le rendre expérimental à chaque étape et d’année en année“, explique Vladan Joler. D’ailleurs, il souhaite à Share de mourir dans 3-4 ans et de faire naître plusieurs “contre-Share“.

Les lieux sont faits pour accueillir 2000 personnes. La place était gratuite à condition d’avoir participé au projet, ne serait-ce qu’en faisant une affiche. Mais pour ça, il faut des sponsors, car le rassemblement de trois jours coûte 200 000€. Et malgré les nombreuses attaques contre la centralisation monopolistique de l’Internet, Google est de la partie. Il a participé pour 5% (10 000€), mais Joler assure que cette participation de Google les a surtout crédibilisés auprès des bailleurs locaux. Et qu’il reste certains départements de l’entreprise californienne encore dans l’esprit hacker. C’est une initiative gouvernementale serbe, Digital Agenda, qui représente la plus grosse part du gâteau avec 25% (50 000€). Sur ces 200 000€, le noyau dur des organisateurs (soit environ 5 personnes) ne s’est pas encore payé. Ils travaillent dessus depuis des mois pourtant.

Acupuncture de société

Vladan Joler n’est pas un novice de l’organisation. Il fait partie de ces jeunes serbes qui avaient organisé à l’été 2000 les 100 jours du festival Exit, pour sortir Slobodan Milošević du pouvoir. Il était devenu le directeur artistique du festival qui a aujourd’hui pris une envergure mondiale. Il a créé Share pour sortir du divertissement et revenir à un contenu plus radical. Après l’édition de 2011, certains ont été déçus que Share se soit pas le début de la révolution. Mais s’il apprécie les partis pirates, Wikileaks, Anonymous, 99% et consorts, il voit plutôt Share comme une “plateforme neutre pour ces groupes et initiatives“.

Et ce genre de plateforme sur multiplie. Point Conference à Sarajevo (Bosnie), Engage à Skopje (Macédoine), Re:publica à Berlin… “Acupuncture de société“, c’est ainsi qu’il définit sa démarche hors des ONG et des partis politiques. Activisme politique, vision du futur et internationalisme : certains peuvent y voir le renouveau d’utopies politiques qui manquent aujourd’hui à une gauche de gouvernement.

D’ailleurs, avant de naître, le rassemblement a failli s’appeler “Le Printemps de Belgrade”. Et le printemps arabe, lui, n’avait pas encore commencé.


Photographies via Share Conference [CC-bysa]

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Consommation collaborative: “garçons, un café!” http://owni.fr/2011/08/16/consommation-collaborative-%c2%ab%c2%a0garcons-un-cafe-%c2%a0%c2%bb-starbucks-carte/ http://owni.fr/2011/08/16/consommation-collaborative-%c2%ab%c2%a0garcons-un-cafe-%c2%a0%c2%bb-starbucks-carte/#comments Tue, 16 Aug 2011 15:06:33 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=76311

Il existe une tradition dans les cafés napolitains. Lorsque ceux-ci sont remplis de cols blancs en manque de caféine, prenant leur pause ou discutant affaires, il peut arriver qu’au lieu de faire l’appoint, le client transforme sa monnaie en caffe’ sospeso (littéralement, “café en suspens”). Il permet ainsi au malheureux qui n’a pas de liquide et de boire tout de même son café. Pour cela, il lui suffit de passer la tête et de demander au barman s’il reste un café pré-payé.

Caffe’ sospeso americano

Cette tradition a aujourd’hui traversé l’Atlantique, grâce à un individu et un peu de technologie. Alors qu’il teste une application lui permettant de relier sa carte de paiement chez Starbucks à son téléphone, Jonathan Stark se retrouve confronté à un dilemme: l’application est inutilisable tant sur son iPhone que sur son Nexus. Malin, il fait une copie d’écran de la carte virtuelle depuis l’iPhone pour l’utiliser avec le Nexus. Arrivé au comptoir, il présente l’image, et parvient à payer son café.

Épaté de pouvoir payer avec une simple image, il s’empresse de le raconter à ses lecteurs sur son blog, le 14 juillet au matin. Avec, en illustration, la fameuse image qui lui permettait de payer. Pour que les lecteurs puissent vérifier par eux-mêmes, il a crédité sa carte de 30 dollars et leur a proposé d’essayer dans leur Starbucks habituel.

La carte est vidée rapidement et il remet 50 dollars pour permettre aux habitants de la Côte Ouest d’essayer à leur tour. Le 15 juillet, un de ses amis crédite la carte depuis le site de Starbucks. Le 18 juillet, il créé une API pour permettre aux gens de savoir combien d’argent il reste sur la carte. Une page dédiée, un compte Twitter et une page Facebook suivent rapidement.

Le petit jeu d’un développeur américain devient une “social experiment

Un monde où tout le monde peut avoir du café gratuit n’existe pas. Mais heureusement, des gens créditent régulièrement la carte. La douce vie de l’expérimentation sociale commence, cheminant tant dans les médias technophiles que sur les télévisions. Jonathan Stark doit sûrement y trouver son compte, puisqu’il a l’occasion de parler de lui.

Des jaloux le soupçonnent d’ailleurs de n’être qu’un infâme publicitaire produisant du buzz gratuit pour la plus grande chaîne de cafés au monde. Mais il n’en est rien. La multinationale déclare simplement :

Starbucks n’a pas connaissance du projet de Jonathan Stark, et n’a aucun lien avec lui, ou l’entreprise pour laquelle il travaille. Starbucks pense que son projet est intéressant et nous sommes flattés qu’il utilise Starbucks comme une partie de son expérimentation sur le “paiement en avance”.

Jolie petite histoire donc, qui crée d’ailleurs des émules puisqu’un certain Craig a également mis sa carte à disposition.

Les bobos offrent des cafés aux bobos

Pour autant, la petite anecdote sympathique ne fait pas que des heureux. Sam Odio, un entrepreneur un peu exaspéré par les bons sentiments émanant de cette expérimentation dans laquelle les bobos offrent des cafés aux bobos —“yuppies buy other yuppies coffee” — a décidé de se pencher sur la carte Starbucks de Jonathan, et de la détourner de son objectif initial.

Il crée donc une petite application lui permettant de savoir lorsque la carte en question contient une quantité importante d’argent. Il se rend ensuite dans son Starbucks pour acheter des cartes cadeaux, et réussi ainsi à cumuler 625 dollars.

Il a ainsi mis aux enchères sur eBay une carte contenant 500 dollars. L’intégralité de la somme obtenue sera reversée à une association caritative :

Suis-je le seul à penser que d’offrir à son prochain fix de caféine à un étranger n’est pas ce dont nous devrions nous préoccuper aujourd’hui ?

La réaction de Jonathan Stark face à ce hack ressemble à celle de Dieu après avoir offert la Terre aux Hommes :

J’ai n’ai fait que créer un outil, il n’y a rien à faire. Je pense que les gens n’auront que ce qu’ils méritent, en bien ou en mal.

Car Jonathan lui-même ne crédite plus sa carte et, à la manière du caffe’ suspeso, on suppose que les gens qui s’offrent un café avec l’argent des autres n’hésiteront pas à recréditer la carte par la suite.

Un simple retour d’ascenseur, ou comment comprendre le désarroi de Dieu.

[màj - 19h30] – Le 12 août dans la nuit, la carte de Jonathan a été désactivé, suite à l’action de Sam Odio. Jonathan déclare sur son site que ce n’est que le commencement de quelque chose de plus grand, et que les gens n’hésiteront plus à payer en avance pour d’autres personnes.


Illustration Flickr PaternitéPas d'utilisation commerciale pure9

Publié initialement sur le blog d’Alphoenix

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Folksotopies : la mémoire des lieux http://owni.fr/2010/12/19/folksotopies-la-memoire-des-lieux/ http://owni.fr/2010/12/19/folksotopies-la-memoire-des-lieux/#comments Sun, 19 Dec 2010 14:00:30 +0000 Philippe Gargov http://owni.fr/?p=38976

Do places have memories and how shall we treat and question them?

En français : « Si les lieux ont des souvenirs, comment les traiter, les questionner ? » En une simple phrase, The Pop-Up City explicitait l’une des problématiques majeures de la ville numérique : « l’éditorialisation » de l’espace urbain grâce aux services de marquage géolocalisés.

Chaque seconde qui passe densifie en effet un peu plus les données numériques rattachées à un lieu. Ici, un mobinaute fait connaître son bar préféré en s’y checkant via Foursquare ou facebook Places. Là, un autre poste sur Flickr ou Twittpic une photo géolocalisée, qu’il commente en quelques lignes. Etc, vous avez compris l’idée : « Like / Comment / Share » : issues des réseaux sociaux, ces pratiques débordent de la Toile pour investir la ville, portées par  l’ambition séculaire des citadins à marquer l’espace de leur empreinte.

Le phénomène n’est pas nouveau. On pourrait remonter aux premiers « tags de ville », repérés par Chronos il y a déjà des années ; mais il s’agissait là d’usages micros, réservés à une minorité technophile (les fameux early adopters). Il prend une ampleur différente lorsque l’on bascule dans l’ère de « l’homme-cyborg » : massification des terminaux et avec elle, démocratisation des usages .

Les services se multiplient et surtout se diversifient ; autant de méta-données qualitatives (commentaires, humeurs, etc.) ou quantitatives (check-ins) qui viennent densifier la « mémoire » des lieux et donc leur substance. Comme l’explique le toujours-génial Thomas Jamet sur Influencia:

En explorant, en répertoriant tous les endroits existants, en les «inventant» (au sens où l’on «invente» un trésor, où on le découvre), ces explorateurs urbains «dé-couvrent», «dé-mystifient», «dé-masquent» et révèlent des lieux, parfois cachés, aux yeux de tous. Ils font passer des pans entiers de la ville de Nature à Culture. Il y a quelque chose d’encyclopédique dans Foursquare et consorts. [...] Il semble que les lieux se découvrent une vie autonome grâce à la «socialisation» et à l’interactivité [via les services de checking, Foursquare et facebook Places]. C’est comme si la ville et le territoire prenaient vie sous nos yeux. Il suffit de voir la carte de facebook Places pour s’apercevoir que la ville s’illumine, que le territoire entier devient un peu plus vivant à chaque fois qu’un utilisateur «check-in», s’inscrit, ou découvre un lieu.

De la folksonomie aux folksotopies

Les perspectives qui s’ouvrent derrière ces lignes sont évidemment nombreuses ; encore faut-il savoir comment les appréhender. Petit retour dans le passé : il y a un peu plus d’un an, je proposais un néologisme de mon cru pour qualifier et donc aborder ces nouvelles pratiques, dans un billet Chronos qui reste l’un de mes meilleurs souvenirs (hihi) : De la folksonomie aux folksotopies, éditer la ville. Comme son titre l’indique, je m’appuyais sur un principe hérité du web 2.0, la « folksonomie » (indexation collaborative par système de tags), pour formuler ma proposition :

Un néologisme en appelle un autre : pourquoi pas les « folksotopies » pour désigner ces territoires augmentés par les contributions d’autres urbains ? Un environnement à la fois collectif et individuel ; entièrement « cliquable », la navigation s’y fait entre des hyperlieux, par analogie aux hyperliens du net.

L’objectif de ce néologisme : traduire une réalité émergente (l’éditorialisation des lieux) afin d’en périmétrer les horizons. Je remercie au passage François Verron, spécialiste du sujet, qui s’est réapproprié le terme sur son blog (tandis que je le laissais traîner au fond d’un carton, père indigne que je suis). A ce titre, je vous invite à lire les pistes prospectives qu’il propose dans son billet TagWhat annonce l’hyperlocal comme média stratégique :

Et de concrétiser le réel commenté, réinventé à la sauce de chacun :  une autre manière de le consommer, certes, mais aussi de le jouer et le transformer de manière poétique ou polémique ;-). C’est aussi la porte ouverte à toutes sortes de « pollutions » ou hacking, pour le meilleur et pour le pire.

Ces derniers mots annoncent en filigrane le noeud du problème, déjà évoqué dans le billet Chronos:

La problématique est alors identique à celle [de la folksonomie] : comment s’y retrouver dans cette infosphère en effervescence ?

Ou, selon les termes de The Pop-Up City : comment « traiter » ces multiples représentations, greffées à un lieu par des milliers de mobinautes partageurs ? Dit autrement : comment pouvons-nous « faire parler » ce « brouhaha hyperlocal », témoignage de la « ville bavarde » ?


A l’époque, je voyais dans les applications de visualisation en réalité augmentée une manière efficace de rendre « lisibles » ces contributions. Mon avis a quelque peu changé depuis. D’une part, par scepticisme (cf. La réalité augmentée, un fantasme de vieux cons ?) ; d’autre part, en constatant que ces services ne faisaient que « retarder » le manque de lisibilité des folksotopies, confrontés à la croissance exponentielle des services et donc des contenus. Il faut selon moi aller plus loin et réfléchir à de nouvelles manières de restituer l’hyperlocal sur nos (petits) écrans… et pourquoi pas, hors de nos écrans.

Un mobilier urbain porteur de mémoire

L’une des solutions réside peut-être en effet dans une certaine matérialisation des contributions. The Pop-Up City l’explique en conclusion :

Even though, a virtual system like this does not leave its mark in the city, creating instead a sort of parallel world with no traces outside the iPhone. Shouldn’t we instead pick up chalks and go all out to write our memories?

Je n’irai pas jusqu’à la craie, mais gardons l’idée. On pourrait ainsi imaginer un nouveau type de mobilier urbain dédié aux folksotopies, qui traduirait in situ la teneur qualitative et quantitative des contributions (un jeu de couleurs, de sons ou de lumières ? Quelques pistes créatives : Les lumières révèlent l’invisible). Une manière de restituer aux usagers d’un lieu le « récit » qu’ils en font. Je pense ici à des exemples concrets tels que le BULB, du collectif artistique Pixel 13 :

Le BULB est une structure gonflable autoportée de 10 m de diamètre animée en temps réél depuis l’intérieur par des projections d’images , de la diffusion de son et des jeux d’ombres. Pendant une dizaine de jour, une équipe [pluridisciplinaire] va sillonner le quartier et mettre en place différent moyens de captations d’images du quartier et de paroles d’habitants. Toute cette matière sert ensuite de base à la fabrication du spectacle.

Pendant quelques heures, telle une pierre chargée par la chaleur de la journée passée, le BULB ré-émane images et sons captés dans son environnement immédiat.Le BULB est une transposition dans un contexte de société technologique et médiatique de l’idée du feu primitif, lieu de réunion du corps social, de communion , d’expérience partagée par la communauté.

A défaut d’une structure aussi large, il s’agira d’introduire dans nos rues de nouveaux objets (ou d’en détourner d’anciens : panneaux, abribus, cabines téléphoniques (clin d’oeil à Chronos)… et pourquoi pas toilettes publiques !) qui pourraient donc faire office de « feux de camp » mémoriels. Les horizons sont infinis… Il ne reste plus qu’à creuser nos méninges, et à prêcher la bonne parole auprès des territoires !

Si le sujet vous stimule et que vous vous sentez d’humeur créative, n’hésitez pas à faire part de vos idées / concepts, que je réintégrerais dans ce texte. L’innovation urbaine, c’est comme l’amour : c’est toujours mieux à deux (ou plus) !! :-)

Publié initialement sur le blog Pop-up urbain

Crédits photo en licence CC sur Flickr : Stuck in Customs , zapdelight

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Ce que nos technologies révèlent de notre société|| (et réciproquement) http://owni.fr/2010/06/07/ce-que-nos-technologies-revelent-de-notre-societe-et-reciproquement/ http://owni.fr/2010/06/07/ce-que-nos-technologies-revelent-de-notre-societe-et-reciproquement/#comments Mon, 07 Jun 2010 09:46:09 +0000 Caroline Goulard http://owni.fr/?p=17646

Stephane Hugon est sociologue à l’Université Descartes-Sorbonne et à Eranos, une société d’études qualitatives spécialisée les imaginaires sociaux contemporains. Vendredi 4 juin, il animait une conférence au WIF sur les mutations des univers sociaux et technologiques. Une heure de passionnante plongée dans l’inconscient collectif de nos outils techniques. Une fascinante réflexion sur ce que la technologie nous dit de notre société et ce que notre société induit pour nos technologies.

Vendredi matin, Stephan Hugon nous a raconté l’éternelle histoire de la poule et de l’œuf : qui apparaît en premier de l’innovation sociétale ou de l’innovation technologique ?

Nos ancêtres se sont-ils mis à construire des cathédrales gothiques parce qu’ils avaient découvert comment construire des monuments d’une hauteur majestueuse ? Ou bien ont-ils bâtis d’imposantes nefs parce que leur imagerie mystique et théologique avait changé ?

Comment faut-il interpréter le passage, dans les années 60, des massifs transistors de salon, devant lesquels toute la famille se regroupait, aux petites radios individuelles et portables ? Une simple conséquence de la miniaturisation des composants technologiques ? Ou bien un effet dérivé de l’esprit de subversion de la fin des années 60 ? Car, la fin des transistors de salons coïncide avec l’invention de la jeunesse, d’une génération qui a essayé de se soustraire au regard et aux goûts musicaux de ses aînés, et qui avait besoin de nouvelles technologies pour cristalliser ses aspirations.

Plus proche de nous, l’avènement du web 2.0 ne dépendait-il que des nouvelles interfaces qui ont permis à chacun de créer et échanger sans coder ? L’horizontalité promue par le web 2.0 ne découlait-elle pas aussi d’une transformation plus générale des structures de pouvoir (déclin de la figure du père, perte de recevabilité de la parole du prof ou policier) ?

Autrement dit, est-ce la technique qui détermine le social ? Ou est-ce le social qui détermine la technique ? C’est un puits de réflexion sans fin. Mais qui a des implications très concrètes pour tous les designers, entrepreneurs, et concepteurs de nouveaux produits. Car lorsqu’il s’agit de lancer un nouvel objet, un nouveau site, une nouvelle application ou un nouveau service, se pose forcément la question : « va-t-il être utilisé ? ».

Du mythe de l’offre créatrice du marché au consommateur tout puissant

La question « les consommateurs vont-ils se saisir de mon produit ? » est finalement assez récente. A la sortie de la Seconde Guerre Mondiale nous manquions de tout, il n’y avait pas profusion d’offres pour répondre à nos besoins, il suffisait à une entreprise de lancer un produit pour qu’il trouve son public, et la moindre percée technologique relançait le marché.

A l’ère du marketing de l’offre, la technologie détenait un certain aplomb sur les usages. Les usagers, plutôt dociles, étudiaient le guide d’emploi du nouveau magnétoscope ou du nouveau caméscope avant de les mettre en marche : la technologie valait le coup que nous apprenions à nous en servir.

Aujourd’hui, nos besoins matériels sont majoritairement satisfaits, l’innovation technologique est un processus continu et l’offre s’est tellement démultipliée qu’elle n’est plus assurée de rencontrer un public. D’ailleurs, nous ne lisons plus les manuels de nos ordinateurs et smartphones, la technologie se doit d’être intuitive pour avoir une chance de séduire, elle ne dicte plus les usages.

« Avant de penser technique, il faut penser social »

Dans un contexte où l’usager fuit si en deux clics il n’est pas satisfait d’un site, la question des usages et du social devient problématique. Il est désormais impossible de ne plus les prendre en compte au moment d’inventer de nouvelles technologies et de nouveaux produits.

Stephane Hugon nous propose alors de redéfinir l’innovation pour mieux prendre en compte ces nouveaux enjeux. L’innovation serait pour lui « la capacité d’un objet à se laisser approprier par un ensemble de personnes qui vont l’utiliser ».

Stephane Hugon admet bien sûr que les technologies disponibles structurent la manière dont le public se les approprie, que les mutations sociales et technologiques vont de pair et interagissent. Il souhaite cependant mettre l’accent sur les univers sociaux et les imaginaires psychologiques qui vont, à un moment donné, cristalliser avec les technologiques disponibles, pour permettre l’émergence de nouveaux marchés, de nouveaux produits ou de nouveaux usages. Son conseil : avant de mettre au point de nouvelles techniques, il faut commencer par regarder la société.

Une injonction d’autant plus pressante que, pour Stephane Hugon, notre imaginaire social est en pleine mutation, et que ces bouleversements ne sont pas sans effet sur la façon dont les nouvelles générations s’approprient les objets technologiques.

5 angles d’étude des mutations sociales et technologiques

Le sociologue nous a décrit une transformation radicale et profonde des représentations et des attitudes à travers 5 prismes : qui sont les usagers ? Quelles sont leurs voies d’expression identitaire ? Quelles sont leurs valeurs clés ? Quel est l’environnement technique pertinent et légitime pour leur société ? Quelle est l’esthétique sociale qui se déploie dans cette société, c’est à dire quels sont les codes qui font que les gens se comprennent et se sentent appartenir à une même communauté ?

Qui sont les usagers ?

Depuis les années 90, l’usager était considéré comme un individu rationnel, doté de valeur d’autonomie, d’indépendance, d’utilitarisme. Il répondait à la figure de l’adulte.

Aujourd’hui, l’individu rationnel n’est plus au premier plan. La figure de l’adulte s’estompe face à des références plus turbulentes ou plus féminines. « Dans le cinéma américain, on est passé de Rambo à Harry Potter » relève Stephane Hugon. Les utilisateurs se reconnaissent désormais dans des idéaux communautaires, ils s’organisent selon un mode relationnel, ils n’existent plus seuls.

La technologie d’aujourd’hui doit donc se faire vecteur d’imitation, de fusion, elle doit porter des espaces dans lesquels la subjectivité s’expérimente par et avec autrui. Quel que soit le modèle de votre téléphone portable, ce qui importe c’est qu’il vous permette de rester proche de ceux que vous aimer, par exemple. D’après Remy Bourganel, président du jury de la web-jam du Wif, il fallait voir là tout le sens du sujet sur lequel on planché les équipes de web-designer pendant 48 heures : “Je pense à toi”.

Quelles sont leurs voies d’expressions identitaires ?

Jusqu’à récemment, l’authenticité relevait de l’injonction morale: il fallait assumer son identité. Notre culture nous assignait à notre origine biologique et sociale.

Cette sédentarité identitaire est aujourd’hui remise en cause. Nous assistons à une fragmentation des formes subjectives, l’identité devient nomade. Les technologies jouent désormais un rôle de révélateur de notre multiplicité identitaire. Cela se traduit par l’usage de plus en plus courant de pseudos, d’avatars, sur Internet ; mais aussi par le passage du téléphone portable à l’internet mobile. Le portable fixe nos différentes identités dans un seul objet : nous y recevons des appels de notre famille, de nos amis, de nos collègues. Il produit des effets d’assignation identitaire, à la différence du web, qui permet de jouer avec différents masques simultanément, qui autorise le vagabondage identitaire.

Quelles sont les valeurs clé ?

L’idéal de maîtrise et de domination – de soi, des autres, du temps, de la nature – a alimenté nos valeurs occidentales depuis le 18e siècle et à déterminé nos postures de consommateur. Actuellement, de nouvelles valeurs percent cet imaginaire de domestication : le lâché-prise, la fluidité, l’animisme, la fusion.

Le rapport aux objets s’est transformé. Là où nous célébrerions les instruments dotés de qualités fonctionnalistes et utilitaristes, nous attendons désormais des objets agissant, se configurant eux-même, et parfois même, prenant des décisions à notre place.

Quel est l’environnement technologique pertinent et légitime ?

Nous sommes passés du culte de l’index à celui du pouce. L’index montre, il sert à dire le droit, à se distancer par rapport à l’autre, il s’assimile au bâton de pouvoir. Le pouce induit à rapport différent à l’objet, il va mettre fin à notre culture de la télécommande pour pousser des valeurs plus ludiques, des valeurs de fluidité et de proximité.

Les objets existent désormais dans la promesse d’un rapport à autrui, ils deviennent relationnels. Ils ne servent plus à rien sur le plan fonctionnel mais deviennent nécessaires sur le plan social et acquièrent des fonctions totémiques ou magiques, comme des parures. Les cadeaux virtuels échangés sur Facebook, les badges sur Foursquare en sont de bons exemples.

Quelle est l’esthétique sociale ?

Nous sortons progressivement du mythe du progrès, du culte de l’activisme pour aller vers des valeurs plus collaboratives et communautaires. La culture martiale de la réforme de soi-même perd de sa pertinence, les habitudes managériales des entreprises changent aussi avec l’apparition de concepts tels que le bottom-up ou le management par projets.

Quand hier la technique devait nous permettre d’augmenter notre distance par rapport au monde et par rapport aux autres, elle doit aujourd’hui véhiculer un esprit « wiki » et « mashup ».

Face à la démultiplication du savoir disponible et accessible sur Internet, nous ne connaitrons plus jamais la page blanche, nous ne partons plus de rien, nous ne serons plus jamais « le premier à ». La surcharge informationnelle nous oblige à travailler à plusieurs, à remixer ce qui a déjà été fait. La génération des digital natives, génération du spam, est en quête de pertinence et non d’exhaustivité, elle est habituée à rechercher la différence entre deux versions d’une même information, et non plus l’information en elle même.

Bien sûr Stephane Hugon n’a fait que dresser deux idéaux-type. Dans la réalité, les modèles cohabitent et glissent progressivement de l’un vers l’autre.

La brillante leçon de Stephan Hugon invite néanmoins tout entrepreneur à ne pas seulement étudier le marché, les besoins et les usages, mais aussi les valeurs ainsi que les imaginaires sociaux.

Illustration CC Flickr par m-c et Cristiano de Jesus

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Hacks/Hackers:|| quand le journalisme rencontre la technologie http://owni.fr/2010/05/24/hackshackers-quand-le-journalisme-rencontre-la-technologie/ http://owni.fr/2010/05/24/hackshackers-quand-le-journalisme-rencontre-la-technologie/#comments Mon, 24 May 2010 14:19:11 +0000 Adriano Farano http://owni.fr/?p=16368 Il s’appelle Burt Herman. Il a été correspondant et chef de bureau d’Associated Press pendant 12 ans. Puis il a compris que le monde de la presse avait tout intérêt à se tourner durablement vers la technologie. Il a alors créé Hacks/Hackers, un groupe qui réunit journalistes et développeurs autour d’événements, de forums en ligne pour organiser des modes de coopération et des compétitions. OWNI l’a interrogé pour vous.

Burt Herman (photo: Tony Deifell)

Comment avez-vous eu l’idée de Hacks/Hackers ?

L’idée m’est venue après avoir été en 2008-09 le boursier de la Knight Fellowship for Professional Journalists à l’université de Stanford [au cœur de la Silicon Valley NdT].

Alors que le journalisme connaît d’importants bouleversements, nous avons une énorme chance de redéfinir la façon avec laquelle l’information est rassemblée et consommée. Certes, n’importe qui peut aujourd’hui transmettre de l’information sur un évènement en envoyant des tweets ou des images depuis un smartphone. Mais il y a encore besoin des journalistes pour donner un sens à tout cela et la technologie peut les aider à gérer cette immense masse d’informations.

Aussi, alors que les informaticiens sont en train d’apprendre la façon avec laquelle les gens interagissent avec la technologie, nous devrions appliquer ces enseignements au journalisme.

Pourquoi le nom « Hacks/Hackers » ?

Le choix du nom a débuté avec « hackers ». Je voulais utiliser cette expression car un vrai « hacker » est quelqu’un qui utilise tout ce qu’il peut trouver pour finir le boulot. Dans la Silicon Valley, cela a une connotation positive qui s’applique à un développeur dégourdi.

Ensuite, j’ai essayé de penser à un mot qui puisse évoquer l’univers journalistique tout en se mariant bien avec le précédent et je suis tombé sur « hack », qui en argot américain veut dire « journaliste ». Le nom Hacks/Hackers représente l’esprit « par le bas » [grassroots NdT] de l’organisation.

Comment avez-vous commencé l’aventure ?

J’ai créé un groupe sur meet.up et nous avons eu notre première rencontre en novembre 2009 dans un bar de San Francisco. A partir de là, c’est allé très vite : nous comptons plus de 600 membres dans le monde. Nous avons également tenu des événements à Washington et Chicago et le premier événement newyorkais est prévu pour le 2 juin.

Que faîtes-vous concrètement pour connecter les mondes de la presse et de la technologie ?

Nous avons organisé des événements mensuels qui ont attiré des professionnels du monde de la technologie  (Google, Yahoo ou  Twitter) ainsi que du monde de la presse (San Francisco Chronicle ou San Jose Mercury News) sans oublier les startups journalistiques et technologiques.

Ce week-end nous avons tenu notre premier atelier hacker-journalistique avec le but de développer in situ des applications pour l’iPad et les autres tablettes. Plus de 80 personnes ont construit 12 applications en 36 heures. A la fin de l’événement, les équipes ont présenté leur travail à un jury comprenant un venture capitalist, un entrepreneur du monde de la techno et des journalistes. Les projets gagnants sont une application d’informations à destination des enfants et un site qui contient des reportages sur les représentants politiques les plus proches de votre localisation géographique.

Par ailleurs, je suis en train de passer des paroles aux actes en lançant ma propre société de journalisme et technologie: je suis le co-fondateur d’une startup avec Xavier Damman, un développeur belge installé à San Francisco. Nous travaillons au développement d’applications en journalisme et notre premier produit s’appelle Publitweet, qui rend les contenus de Twitter plus lisibles pour ceux qui ne l’utilisent pas d’habitude. L’application est déjà utilisée par des grands sites francophones tels que Le Monde et Libération mais aussi Le Soir en Belgique en plus de différents sites américains.

Nous travaillons actuellement à une application visant à faciliter la création d’articles puisant dans les contenus du web social.

Hacks et Hackers, ce week-end

Pourriez-vous nous donner une ou deux anecdotes qui illustrent l’esprit d’Hacks/Hackers ?

Grâce à des utilisateurs de Twitter, j’ai découvert que je n’avais pas été le premier à penser à ce nom. Deux grands noms de la communauté réunissant journalisme et techno – Aron Pilhofer du New York Times et Rich Gordon de l’école de journalisme Medill de la Northwestern University – l’avaient déjà proposé pour une communauté en ligne. Finalement, nous sommes entrés en contact et nous avons décidé de mettre en commun nos efforts.

Au de là de ça, la grande force de ce réseau est l’entraide. Le site question/réponse sur les sujets relatifs aux médias et à la techno marche très bien. Les gens réalisent que nous pouvons gagner beaucoup plus en travaillant ensemble et en apprenant les uns des autres !

Comment financez-vous Hacks/Hackers ?

Jusque là, j’ai payé moi-même tout en faisant appel aux dons lors des événements et en trouvant quelques sponsors. Nous sommes en train de faire de Hacks/Hackers un organisme à but non lucratif et nous recherchons des sponsors et des fondations pour soutenir nos initiatives visant à construire le futur du journalisme.

Des initiatives comme la vôtre sont assez rares en Europe où le monde de la presse semble retranché dans sa tour d’ivoire. Pensez-vous qu’Hacks/Hackers soit « exportable » au Vieux Continent ?

Oui ! Nous avons déjà détecté un intérêt en Europe où des gens ont adhéré à notre groupe. Nous serions ravis d’élargir Hacks/Hackers là-bas et de coopérer avec des journalistes sur place pour organiser des événements. J’ai travaillé autour du monde en tant que chef de bureau et correspondant de l’Associated Press pendant 12 ans et je serais heureux d’aider à connecter le monde de la presse et de la technologie partout ailleurs.

Le journalisme et l’information ouverte sont essentiels pour une société qui veuille fonctionner et garder les gouvernements et les entreprises responsables face aux citoyens.

Interview et traduction: Adriano Farano

L’interview en anglais est disponible ici

Illustration CC Flickr par cstmweb

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William Gibson:|| cyberculture, || une “poésie des bas-fonds” http://owni.fr/2010/05/21/william-gibson-la-cyberculture-une-poesie-des-bas-fonds/ http://owni.fr/2010/05/21/william-gibson-la-cyberculture-une-poesie-des-bas-fonds/#comments Fri, 21 May 2010 09:58:34 +0000 [Enikao] http://owni.fr/?p=16211 A l’occasion d’une séance de dédicace du trop rare William Gibson, j’ai eu l’occasion de l’écouter brosser un panorama de ses inspirations. Simple et abordable, il s’est montré loin de l’idée que l’on se fait d’un auteur qui a tant parlé d’informatique, de cyberespace, de clonage et de sociétés multinationales montant des coups tordus. Moins technophile que rêveur, imprégné par la Beat Generation et Burroughs, effrayé par l’ère Reagan, Gibson revendique avoir créé une “poésie des bas-fonds”.

Dans les uchronies, on imagine souvent ce qui se serait passé si le Japon et l’Allemagne avaient remporté la Seconde Guerre Mondiale. Mais personne n’a essayé de décrire un monde où nous vivrions dans une chanson du Velvet underground“.

Le cyberpunk est né avec le premier roman de William Gibson en 1984 : Neuromancien. Particulièrement salué (Prix Nébula, Prix Hugo et Prix Philip K. Dick), les grandes lignes du genre sont posées. Dans un avenir proche, l’État a abdiqué presque partout, le monde est aux mains de grandes multinationales. L’informatique s’est particulièrement développée, le cyberespace est un lieu où les hackers osent tout.

Clonage, nanotechnologies, implants cybernétiques et intelligences artificielles ont changé les paradigmes sur l’humanité. Les héros sont des parias désabusés des bas-fonds, missionnés pour de sales boulots d’espionnage : entre thriller et complot.

La musique rock et les drogues de synthèse (voire virtuelles) sont présentes en filigrane.

Entretien.

Bonjour, je suis William Gibson, et je vis dans un univers coloré

E : Comment est né Neuromancien, un roman qui a fait date dans l’histoire de la littérature en initiant le mouvement cyberpunk ?

WG : Je n’avais aucune référence de départ, c’est pourquoi il m’a fallu partir d’une armature. Pour cela je suis parti de deux sous-genres (rien de péjoratif) que sont le thriller et l’espionnage pour avoir une trame solide. L’histoire a eu rapidement sa propre dynamique qui m’a un peu échappé, j’ai bien vu des années plus tard qu’elle était difficile à transcrire en script de film. Mais finalement je n’aime pas m’en tenir aux règles d’un genre et je préfère jouer avec les codes pour les mélanger.

E : On vous prête l’invention du cyberespace et des prémisses des mondes virtuels d’aujourd’hui. Êtes-vous un nerd ? Un passionné de science ?

WG : J’ai une solide réputation de visionnaire et de technophile, mais elle est très exagérée. Certes, ça aide à vendre… (rire)

Ce que j’écris du monde des sciences, je le tiens en réalité de mon entourage qui travaille dans tel ou tel secteur. En revanche, je sais reconnaître la nouveauté quand elle me passe sous les yeux. Et puis j’ai une interprétation poétique des langages de la technologie qui me pousse à extrapoler. La première fois que j’ai entendu les mots interfacer en tant que verbe, ou virus informatique, j’ai trouvé ça fascinant. Pour ce dernier, j’ai imaginé qu’il s’agissait de masses de données se reproduisant sur d’autres données, infectant plusieurs endroits à la fois et générant des effets néfastes comme le fait un virus biologique. Bon, j’ai eu de la chance, il se trouve que c’est le cas… Une réputation tient à peu de choses ! (rire)

E : D’après vous, quel rapport entretient la science avec la science-fiction ? Laquelle influence le plus l’autre ? Qui devance qui ?

WG : Je crois en réalité qu’il y a moins de symbiose entre science et science-fiction qu’entre business technologique et science-fiction. La science-fiction invente des trucs que l’on peut montrer au banquier quand on cherche des financements. Les patrons de start-ups posent quelques livres sur la table en disant : “Lisez ça et ça. Ce n’est pas tout à fait ce qu’on peut faire, mais presque. On veut du cash pour le développer”. Et même, certains patrons de sociétés technologiques me disent qu’ils ont été inspirés par nos écrits. Pas tellement les chercheurs… Aujourd’hui, une grande partie de l’énergie créative a migré ailleurs. Il y a eu la science-fiction, puis la musique, aujourd’hui c’est peut-être dans le cinéma et l’animation qu’il faut regarder les progrès techniques significatifs.

E : La plupart de vos héros sont apatrides, est-ce lié à vos lectures sur l’itinérance comme Kerouac ?

WG : C’est plus profond que cela. J’ai grandi dans un tout petit village très sudiste, très religieux, très traditionnel et très blanc. Cet univers fermé aux influences extérieures était oppressant, voire fantasmatique : il était irréel. Aussi, à l’adolescence, je me suis tourné vers la musique, le cinéma, les comics et la science fiction qui avaient pour moi plus de consistance que mon quotidien. Mon refus d’aller faire la guerre au Vietnam en 1968 m’a par la suite poussé sur les routes et je suis parti pour le Canada. En général, je me suis toujours mieux senti avec les gens sans racines ou aux cultures mélangées, et je fuis comme la peste les nationalistes.

E : Quelles ont été vos principales influences littéraires ?

WG : Un auteur qui fait bien son métier digère et assimile, à tel point qu’il n’est plus capable de remonter la filiation. J’ai presque plus de facilité à dire qui ne m’a pas influencé. Bien sûr, Philip K. Dick m’a beaucoup marqué, en particulier Le Maître du Haut Château, mais je lui préfère Thomas Pynchon, que je qualifierai de “parano raffiné”. Mes vraies références sont poétiques, et si un auteur m’aborde pour parler d’abord poésie plutôt que science-fiction, il y a des chances qu’on s’entende bien. Mes romans sont plein de noirceur, de coups tordus, de bidonvilles et de personnages en marge : je crois avoir donné naissance à une forme de poésie des bas-fonds.

E : Le vaudou revient souvent dans vos romans, pourquoi ?

WG : A l’âge de 14 ans, j’ai acheté un manuel vaudou de la Nouvelle Orléans, il comportait des descriptions précises des rites et des schémas et des diagrammes pour les cérémonies. Comme je faisais un peu de bricolage électronique, j’ai trouvé que ça ressemblait à des plans d’assemblage, et je me suis toujours demandé ce qui se passerait si je réalisais mes circuits sur le modèle d’un diagramme vaudou… Et puis je trouve fascinant qu’au XXème siècle, une religion polythéiste soit aussi vivante et contemporaine, répandue dans plusieurs endroits du globe.

E : Vous avez tenu un blog jusqu’en 2005, avez-vous essayé de nouvelles formes d’écriture comme l’hypertextuel ?

WG : Je crois qu’aujourd’hui tout texte est hypertextuel. Tout ce que nous écrivons est une requête Google potentielle. Nous avons pris l’habitude de référencer et de lier, de chercher au hasard. Je ne sais jamais où je vais arriver quand je suis sur le web, et je suis fasciné par ces nouvelles formes d’échange écrit que sont les newsgroups, les blogs et les e-magazines. Pour moi, l’hypertexte est une réalité étendue, même pour les livres papier.

E : Après avoir décrit dans les années 80 un cyberespace, quelle est votre expérience personnelle des univers virtuels dans les années 2000 ? Quel est votre niveau de présence en ligne ?

WG : Je n’ai essayé que Second Life, que j’ai trouvé peu intéressant. L’expérience du blog était passionnante mais est arrivée à son terme. Je continue à participer et à interagir virtuellement sur des forums, de manière anonyme la plupart du temps. Je trouve les échanges souvent riches, et je suis toujours intrigué de trouver des gens qui se connaissent si bien sans s’être jamais rencontrés physiquement.

Humain, post-humain

E : Vos romans se passent souvent dans un avenir assez lointain, les derniers se situent dans un avenir plus proche. Est-ce parce que tout évolue plus vite et que vous n’arrivez pas à vous projeter aussi loin qu’avant ?

WG : Je suis content d’être perçu comme un visionnaire, mais il faut poser une bonne fois pour toutes : la science-fiction, même très futuriste en apparence, ne parle que de notre présent ou de notre passé. Neuromancien était un roman de présent-fiction, Code Source se situe… dans un passé proche. Il ne s’agit pas de prédire ni de décrire mais de regarder dans un autre prisme. C’est en quelque sorte un travail sociologique avec un regard décalé.

Toute représentation de la réalité nécessite une part de spéculation de la part de celui qui observe. Mes premiers romans sont dans un temps lointain car je ne voulais pas qu’ils soient trop vite datés, ni que l’on identifie clairement a posteriori à quel moment ils pouvaient avoir lieu. La fiction est comme l’histoire, elle change à mesure que notre regard rétrospectif évolue. Si je voulais ramener un seul élément du futur, ce serait le regard historique, stratifié et analysé de nos descendants sur ce qui est notre présent. Il faut avoir les outils de la science-fiction, créés au XXème siècle, pour comprendre le monde contemporain.

E : A propos de cybernétique, pensez-vous que les implants que vous décrivez dans vos romans seront une réalité un jour ? Comment seront-ils acceptés ? Serons-nous encore vraiment humains une fois cybernétisés ?

WG : C’est difficile à dire. Les premiers à réclamer l’usage concret de recherches cybernétiques seront sûrement les personnes handicapées. Il sera difficile de refuser à un aveugle un oeil cybernétique. Mais comme toujours, c’est le regard a posteriori qui déterminera quand nous avons changé.

Nos arrière-petits-enfants détermineront la frontière entre humain et plus qu’humain, entre marge et pratique courante.
> Article initialement publié en octobre 2008 chez Enikao

> Illustrations CC Flickr par HAZE – Comatose et Frederic Poirot

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Le flop d’une technologie : pourquoi certaines technologies n’accrochent-elles pas ? http://owni.fr/2010/05/05/le-flop-d-une-technologie-pourquoi-certaines-technologies-n-accrochent-elles-pas/ http://owni.fr/2010/05/05/le-flop-d-une-technologie-pourquoi-certaines-technologies-n-accrochent-elles-pas/#comments Wed, 05 May 2010 14:18:40 +0000 paristechreview http://owni.fr/?p=14375 Comme le suggère le déploiement du nouvel iPad, Steve Jobs a le don de simplifier le processus de diffusion des technologies : créer quelque chose qui semble génial, faire savoir à tout le monde à quel point c’est génial, ensuite attendre que le monde se rue vers votre magasin.

Naturellement, Jobs ne donne qu’une vision simple des choses. Pour chaque iPod, iPhone vendu -ou peut-être bientôt iPad- des centaines de nouveaux produits technologiques sont des flops. Même le PDG de Apple a eu son lot d’échecs.

Qu’est-ce qui différencie les gagnants des perdants ? Des spécialistes de ParisTech et de Wharton School à Philadelphie qui ont étudié la diffusion des technologies estiment que plusieurs facteurs déterminent le succès d’un produit- et qu’avec la numérisation, le processus devient toujours plus complexe.

Une grande partie du succès repose sur l’équipe – et pas seulement en termes d’expertise technique. Le regard un peu idéaliste des ingénieurs interviewés dans la récente publicité de démonstration de l’iPad n’est pas inhabituel. Selon Annie Gentès, Maître de Conférence à Télécom ParisTech, les meilleurs inventeurs sont ceux qui sont presque toujours passionnés par leurs inventions. « Un inventeur doit être optimiste. Autrement, il abandonne », ajoute-t-elle.

Souvent, les idées se perdent, parce qu’il n’y a personne pour véhiculer auprès d’un plus large public la signification d’une invention. Il faut en général faire appel à des concepteurs et à d’autres personnes non spécialisées pour aider à transformer une innovation en un produit commercialisable.

Gentès qui collabore avec une équipe de concepteurs et d’experts en nouveaux médias, pour aider à trouver des applications pour les idées conçues par les chercheurs de ParisTech, explique que cette transformation s’avère être un processus complexe.

Ils discutent d’abord avec les inventeurs, dit-elle : « Nous les questionnons sur leurs sentiments, leurs valeurs, parce que c’est une chose très importante à savoir. Ces technologies sont déjà imprégnées d’un certain nombre de valeurs» explique Gentès.

Ce n’est pas toujours facile. Souvent, ils ne sont formés que pour écrire sur la dimension technique de leur invention, non sur les rêves qui ont abouti à la créer :

« Il faut les aider à dire ce qu’ils pensent de leur propre technologie et de leurs valeurs et même de leurs lectures, des ouvrages qu’ils ont lus, du roman qui les a inspirés. La plupart du temps lorsque vous vous lancez dans un projet, vous vous rendez compte qu’il a été inspiré par certains ouvrages de référence, ou certains films, et que cela aide vraiment la technologie à naître. »

Ensuite, dit-elle, nous essayons de trouver des liens entre l’imagination de l’inventeur et ce qui se fait sur le plan culturel. « Nous prenons en considération ce que les gens font déjà, comment ils réagissent par rapport aux produits culturels, aux images, à l’art, au cinéma, aux romans… à tout ce qui fait partie de la culture populaire. »

Nous nous posons les questions suivantes : « qu’est ce que les gens font aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’ils imaginent ? Quelle est la tendance actuelle dans le roman ? Qu’est-ce qui se passe lorsque les gens échangent entre eux, et dans quelle mesure ceci peut-il inspirer notre propre produit et le rendre plus attrayant dans ce vaste monde ? »

Selon Gentès, l’objectif, en définitive, c’est de découvrir des désirs dans la culture en relation avec ce nouveau concept. « Le désir ne se résume pas à répondre à la question : vais-je résoudre plus vite ce problème ? Évidemment, c’est souhaitable. Mais la plupart du temps, c’est quelque chose d’un peu différent… une invention naît d’une histoire », affirme-t-elle. Comprendre cette histoire sous-jacente peut permettre d’identifier des applications, et de combler le fossé entre la technologie et la société.

Enfin, plus prosaïquement, ils étudient ce qui existe déjà dans le monde en rapport avec l’invention, et ils essayent ensuite de développer des scénarios pour ces applications.

Pourtant, même le fait d’exécuter parfaitement cette phase n’est pas une garantie suffisante de succès.

« Il y a des intérêts commerciaux et des gens influents qui promeuvent une technologie et non une autre » affirme Isabelle Demeure, professeur de télécommunications à ParisTech. « C’est probablement plus facile si vous êtes Microsoft ou aujourd’hui Google pour adopter une technologie et la promouvoir que si vous êtes une géniale start-up – vous n’avez pas assez de pouvoir dans ce dernier cas. »

Par exemple, les comités de normalisation ont tendance à être dominés par de grands acteurs, qui peuvent façonner les normes selon leurs propres intérêts, analyse Isabelle Demeure :

« Il y a des gens qui luttent contre des idées qu’ils ne jugent pas bonnes, mais très probablement, ils sont fortement influencés par leur entreprise. En fin de compte, ce qui sera retenu comme normes dépend essentiellement des acteurs, de l’effort que vous y consacrez, des crédits dont vous disposez pour faire participer les personnes aux réunions, du lobbying qui pourrait être exercé. »

Dans le secteur industriel, d’autres facteurs peuvent également intervenir. Souvent ce que les économistes appellent un marché dual est nécessaire pour qu’une innovation puisse décoller. Les préférences des consommateurs ont leur importance, mais pour l’iPod, par exemple, Apple à réussi à convaincre des labels discographiques de s’associer à l’iTunes store, ce qui a permis de faire de l’iPod une « application révolutionnaire ».

Le dernier acte appartient, naturellement, au marketing face à des consommateurs versatiles – une activité complexe qui devient de plus en plus compliquée même si la compréhension du processus par les spécialistes s’approfondit.

Il y a un corpus théorique établi de longue date sur la manière dont les innovations sont généralement diffusées sur le marché. Il y a plus de cinquante ans, Everett Rogers étudia la manière dont les nouvelles idées étaient adoptées par des réseaux de personnes ; il découvrit que la diffusion d’une innovation passait par des phases bien identifiées, qu’il s’agisse des médecins de l’Iowa ou des paysans de l’Amérique du Sud.

Plus récemment, les modèles théoriques sont devenus plus complexes. Dans son nouveau livre, The Tipping Point, Malcom Gladwell a vulgarisé l’idée selon laquelle le comportement d’un petit groupe clé de personnes influentes peut amener d’importants changements de comportement des gens, presque du jour au lendemain.

Jacomo Corbo, un chercheur spécialisé dans la gestion des opérations et de l’information à Wharton, affirme que le budget du marketing viral dépasse actuellement 1,6 milliard de dollars et augmente de 30% par an. Souvent, les lancements de produits sont conçus de manière à contenir un élément viral. À titre illustratif, Google a utilisé cette idée dans son déploiement de gmail.com, en rendant la première utilisation de Gmail possible uniquement « sur invitation », selon Corbo.

Le prix est un autre élément incitatif déterminant dans l’adoption d’une nouvelle technologie. Souvent, les consommateurs précoces paient plus. Au-delà de la maximisation du prix, un prix élevé est appliqué pour accroître la valeur perçue du produit, ce qui encourage en particulier les utilisateurs influents et rehausse souvent son prestige.

Cependant, pour d’autres technologies, un bas prix – ou même la gratuité- est souvent appliqué pour essayer d’encourager la diffusion. Les marchés duals, comme les systèmes de jeu vidéo, peuvent être plus enclins à adopter ce type de tarification modérée, parce que les gains de la firme sont encore plus substantiels si elle peut devenir une norme de l’industrie. Une plateforme de jeu par exemple aura nettement plus de valeur pour les développeurs si elle bénéficie d’une large base d’utilisateurs que si elle est seulement adoptée par quelques personnes, ce qui implique que le fabricant de consoles de jeu a intérêt à distribuer la console auprès d’un public aussi large que possible.

Apple applique souvent ce type de tarification dans un but purement stratégique. Aux États-Unis, le prix du nouvel iPad est ainsi fixé à 499 dollars, ce qui le place à la hauteur du Kindle d’Amazon – exactement le genre de concurrence auquel il faudrait s’attendre dans une bataille pour devenir la plateforme dominante de e-reading.

Cependant, en Chine, la société de Cupertino est en train d’essayer une approche différente. L’iPhone coûte très cher là-bas, note Corbo, ce qui permet de réduire les problèmes de chaîne d’approvisionnement, et en même temps de rehausser son prestige auprès des personnes influentes.

Un facteur qui compliquera certainement encore plus ces stratégies dans les années à venir est que ce n’est pas seulement la diffusion qui est virale de nos jours : les inventions le sont aussi. Comme de plus en plus de sociétés sont en mesure d’observer leurs clients en temps réel, les offres peuvent être ajustées presque en temps réel. Par exemple, Google publie toujours ses systèmes en version bêta, dit Corbo, et ensuite fait des modifications dès qu’elle reçoit un feedback de ses utilisateurs.

Pour finir, la raison pour laquelle une invention devient un succès reste toujours un mystère. « Bien entendu, il y a des recettes, affirme Demeure : impliquer les concepteurs, des personnes appartenant à des domaines différents et aussi des groupes d’utilisateurs au moment de démarrer et de concevoir les services et les technologies qui les sous-tendent. Mais il y a toujours des surprises. »

Demeure se souvient d’un jour il y a environ dix ans, lorsqu’elle entendit des informaticiens de son département, de retour d’une démonstration à laquelle ils avaient assisté chez l’un des principaux opérateurs européens de téléphonie. « Ils sont revenus et ils se moquaient d’une des présentations qui avaient été faites. ‘Vous savez ce qu’ils ont inventé ? Utiliser un téléphone pour envoyer un message texte !’ Ils trouvaient cela complètement idiot. Je me rappelle que durant le déjeuner, ils en riaient. »

Billet initialement publié sur ParisTech Review

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Révolution 3.0 http://owni.fr/2010/03/02/revolution-3-0/ http://owni.fr/2010/03/02/revolution-3-0/#comments Tue, 02 Mar 2010 14:32:00 +0000 Jean-Michel Billaut http://owni.fr/?p=9272 evolution

En matière de prospective dans le domaine des TIC, Jean-Michel Billaut est incontournable, et à juste titre. Il suffit de lire ce billet écrit en 2007 par le fondateur de L’Atelier. Dans ce texte de présentation de son blog Révolution 3.0, il annonçait le bouleversement profond apporté par les nouvelles technologies à notre société.

Les Etres Humains démarrent, me semble-t-il, leur troisième grande Révolution…

Selon les scientifiques (on laissera de côté les religions et autres mythes), Homo Sapiens est le dernier représentant de la famille de Hominidés, famille apparue sur cette Terre il y a environ 7 millions d’années.

Ce dernier rejeton de cette grande famille serait né en Afrique de l’Est il y a 100 à 120.000 ans. Et à partir de là, il aurait conquis la Terre (thèse dite “Out of Africa”, versus une thèse qui est de moins en moins admise, dite du “multi-régionnalisme”, selon laquelle il serait apparu en même temps dans différents endroits…).

Depuis, Homo Sapiens a fait 2 très grandes révolutions

La première : la révolution agricole (la 1.0) il y a 10.000 ans environ dans le Croissant Fertile (Syrie/Mésopotamie). Il lui a donc fallu pas mal de temps pour la faire ! (malgré ses 100 milliards de neurones/spécimen…)
La deuxième, plus près de nous, il y environ 250 à 300 ans, la révolution industrielle (la 2.0) en Angleterre…
La première a mis plusieurs milliers d’années pour se répandre un peu partout sur le globe… La deuxième n’aura mis que quelques dizaines d’années…
Je pense qu’Homo Sapiens est en train de démarrer la 3.0 maintenant. Et qu’elle va se faire dans les 30 à 40 ans à venir. Dans ce siècle donc. Et qu’elle sera mondiale de suite.

Ah, les “nouvelles” technologies !

A quoi sont dû ces Révolutions ? Aux nouvelles technologies, tout simplement. Car sans elles, et leur diffusion dans le corps social, pas de révolution… On vit comme avant. Rien ne bouge.

Et sur les 110 milliards d’Etres Humains qui ont vécu sur cette Terre, seule une poignée ont inventé des trucs (moins de 1 million probablement), et les autres, tels des moutons de Panurge, ont suivi.

Ce fut le cas pour la 1.0 (outils pour cultiver la terre, pour élever du bétail, poterie pour garder les graines, le lait…). Toujours avoir un garde-manger chez soi : quel progrès ! Du coup nos ancêtres, qui vivaient avant de façon nomade de cueillette et de chasse, se sont sédentarisés : il fallait bien attendre que la récolte arrive, en surveillant les champs… De plus, comme la nourriture devenait plus abondante qu’avant, la population a commencé à augmenter…

Même chose par la 2.0… Quelques beaux esprits inventent la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité… Et les gens qui vivaient de la terre depuis la 1.0, se sont retrouvés progressivement dans des usines… Où l’on a commençé à fabriquer à partir de grandes masses de matière, des produits divers et variés à la chaîne… Loi des rendements décroissants : nous profitons encore de ce nouveau progrès.. On crée des villes, des mégapoles. Et des infrastructures diverses (dont l’Histoire d’ailleurs reste à écrire)…

Et chaque révolution d’apporter sa nouvelle organisation politique : féodalité (il fallait protéger les paysans et les récoltes) qui s’érige plus tard en royauté pour la 1.0; démocratie représentative pour la 2.0. Et à chaque fois, une nouvelle élite prend le pouvoir et met en place son système de création d’élite pour les générations suivantes…

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Et la 3.0 alors ? Quelles technologies ?

Et bien elles sont déjà là… La 3.0 sera je pense basée sur la convergence de 4 grands groupes de technologies qui vont se rejoindre à terme plus ou moins proche…

A savoir : les nanotechnolgies (au lieu de prendre des grandes masses de matière pour fabriquer à la chaîne des trucs comme dans la 2.0, on va fabriquer à partir des atomes – l’économie quantique va se mettre en place), les robots humanoïdes (difficile à admettre pour un Homo Sapiens élevé dans la civilisation judéo-chrétienne, que dans une trentaine d’année, il y aura des Robots Sapiens plus intelligents qu’un énarque+polytechnicien), les énergies renouvelables (notamment le solaire). Et enfin, la biologie synthétique encore dans l’enfance aujourd’hui (fabriquer de la matière vivante qui n’existait pas au préalable).

Vous mélangez tout cela, et vous faites la 3.0…

On remarquera que la 1.0 et la 2.0 se sont produites du fait, certes, de nouvelles technologies, mais aussi parce que l’énergie étaient peu coûteuse… Car il faut beaucoup d’énergie pour faire des révolutions de ce type… Pour la 1.0 : cela a été l’esclavage… Et pour la 2.0 : les énergies fossiles…

Bill Gutenberg et la fibre…

Entre la 1.0 et la 2.0 : il ne s’est rien passé… On s’est certes un peu tabassé et l’Histoire est pleine de bosses et de horions en tout genre… Mais c’était dans l’ordre des choses chez Homo Sapiens. L’écume des jours en quelque sorte…

Que dis-je, il ne s’est rien passé ? Que nenni ! Vers 1450, un Bill Gates de l’époque, dénommé Gutenberg, invente l’imprimerie, technologie qui a permis de diffuser le savoir humain à des coûts trés bas par rapport aux manuscrits enluminés, que, seule l’élite de l’époque pouvait se payer. Ce qui a permis la diffusion massive du savoir et des idées (celles des protestants par exemple, ce qui a conduit, selon Max Weber, à la création du capitalisme et l’émergence de la 2.0…).

On remarquera que l’élite de l’époque trouvait l’invention de Bill Gutenberg nulle… C’était pas beau, et en plus la plupart des gens ne savaient pas lire : donc cela ne servait pas à grand chose (un peu comme aujourd’hui, ou d’aucuns membres éminents de notre élite trouvent qu’un réseau de télécommunications tout fibre ne sert à rien pour Madame Michu, les gens des campagnes, etc…).

Entre la 2.0 et la 3.0, je pense que l’Internet, et notamment l’Internet à TRES haut débit, va jouer un rôle comparable à celui que l’imprimerie a joué entre la 1.0 et la 2.0… Mais avec un impact beaucoup, beaucoup plus important, sans commune mesure… La diffusion du savoir va exploser… Ce qui en retour va augmenter la quantité de nouveaux savoirs à la disposition de l’Humanité… Qu’en fera-t-on ?

Que sera cette 3.0 ? Où va-t-elle conduire Homo Sapiens ? Lui, bricolé par dame Nature (selon les évolutionnistes), va-t-il faire maintenant sa propre évolution en s’implantant par exemple des machines moléculaires ici ou là ? Ces technologies vont-elles l’aider à résoudre les graves problèmes découlant de l’utilisation massive des énergies fossiles ? Ou au contraire vont elles le faire disparaître à jamais dans une 6ème extinction qu’il aura provoqué ?

Cela va être l’objet de ce blog… Suivre ces nouvelles nouvelles technologies de la 3.0…

» Article initialement publié sur le blog de Jean-Michel Billaut : Révolution 3.0

» Illustrations par Gunthert sur Flickr

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L’évènement le plus marquant de la décennie* ? Internet bien sûr http://owni.fr/2010/01/01/l%e2%80%99evenement-le-plus-marquant-de-la-decade-internet-bien-sur/ http://owni.fr/2010/01/01/l%e2%80%99evenement-le-plus-marquant-de-la-decade-internet-bien-sur/#comments Fri, 01 Jan 2010 18:48:30 +0000 Philippe Martin http://owni.fr/?p=6611 Un changement de décennie  est toujours un moment propice pour chacun de regarder dans le rétroviseur et de réfléchir à ce qui nous a marqué. On retiendra que ce début de millénaire n’a pas été glorieux : méga attentat, méga tsunami, années Bush, pandémie, crise financière, dégradation du climat … Bref, on se demande ou chercher des signes de positivisme. Pourtant c’est du côté de l’innovation que l’on aurait l’occasion de se réjouir et notamment du côté du web. Quand on y regarde de plus près, ce qui s’est passé sur ce terrain est assez phénoménal. Des entreprises, des projets, des produits sont sortis de nulle part et ont déjà changé nos vies, le tout porté par une croissance faramineuse sur une si courte période, probablement comparable à celle qui a suivi l’arrivée de l’imprimerie.

Dans leurs dossiers spéciaux le GuardianTechnaute et le Journal du net passent en revue ces dix années de révolution non stop. Je me suis posé la question sur ce qui m’avait épaté, étonné, surpris durant cette période :

Google, l’entreprise en kit : rien qu’en allant visiter leur ferme de blogs corporatifs, on peut mesurer à quel point cette entreprise est la locomotive de l’innovation web. De la géolocalisation, en passant par la bureautique jusqu’à prochainement  l’arrivée d’un OS, d’un netbook et d’un smartphone … Bien sûr tout cela possible grâce à la formidable machine à cash que représente le couple Adsense-Adword.

Apple, le révolutionnaire numérique : au début de la décennie, Apple était un manufacturier d’ordinateurs et de logiciels, une sorte de mouton noir supporté par une clientèle fidèle d’inconditionnels. Puis sans crier gare, la firme s’est positionnée sur le marché de la musique en ligne créant un couple redoutable d’efficacité avec le duo Ipod-Itunes. Et la table fut remise quelques années plus tard, même stratégie avec le duo Iphone-App-store. Et ça va continuer avec bientôt le futur E-book qui sera couplé encore avec un « App-book » supermarché digital de livres et de magazines, sorte de kiosque à journaux online. Ensuite viendra le tour de l’industrie du jeu en ligne, rien n’arrêtera Apple. Ils ont le culot de prendre d’assaut des marchés hors de leur zone de confort, ils ont créé des formidables machine à cash, ils ont les ressources et le savoir-faire en plus d’une capacité phénoménale à grimper rapidement n’importe quelle courbe d’apprentissage. A lire : 10 ways Apple owned the decade chez TechRadar

Les « nobody » – Wikipédia, Youtube, Facebook, Twitter, Flickr : ceux-là, personne ne les avaient vu arriver. En l’espace de quelques années, il sont se hisser au sommet des destinations préférées des internautes. Pour l’anecdote, lorsque que Wikipédia a ouvert ses portes en 2001 avec la mention « encyclopédie libre » beaucoup ont rigolé devant ce site vide de textes avec ce curieux éditeur de contenu du nom de wiki, dixit Jimmy Wales le fondateur. Dernièrement Chad Hurley, le co-fondateur de Youtube, indiquait lors de la conférence Le Web qu’un milliard de vidéos était visionnées par jour et que 24 heures de contenu étaient uploadé toute les minutes.

Les moteurs du web social : l’open source, le rss, les wikis, les blogs : sans eux point de websocial, cette culture numérique entrepreneuriale basée sur la collaboration,  le partage, l’échange et les communautés. C’est le chaînon manquant qui a permis de lier la sauce. Si on prend le cas des blogs, leur croissance fulgurante est en grande partie reliée à leur simplicité d’utilisation ainsi qu’à la quantité de plateforme en concurrence sur le terrain de l’innovation. Quand au RSS encore mal connu, c’est lui qui a pavé la voie vers ce fameux « realtime web » qui créé déjà débat. La majeure partie de la diffusion du contenu sur le web social repose sur le socle du rss.

Les tuyaux, les réseaux mobiles, les déploiements d’infrastructures  haute vitesse,  wi-fi : on en parle moins car c’est la partie la moins sexy du web. Ceux qui ont connu les connections par modem 28 ou 56 K avec le fameux petit  crachouilli seront plus en mesure d’évaluer le chemin parcouru depuis. On ne s’en rend pas compte mais aller dans un café et se connecter automatiquement  au web en wi-fi en ouvrant son laptop est une méchante avancée.

Les usagers : moi, vous, nous, avons donné vie à toute cette panoplie. Il fallait que nous répondions présents, que nous adhérions. Le temps passé sur le web a doublé en dix ans, conséquence des facteurs mentionnés plus haut. Cela soulève aussi le débat « à qui appartient le web ? » qui va prendre de plus en plus d’importance dans les prochaines années, j’y reviendrai dans de futurs billets.

La morale de tout ça est que le web est encore un territoire vierge a explorer ; tous les curieux, ingénieux, innovants de ce monde peuvent y prendre leur place. Certes tout n’est pas parfait mais il faut s’attendre à des impacts très puissants dans les prochaines années. Le « Tipping Point » est désormais atteint et des empires, des industries, de rentes vont disparaitre pour faire place à d’autres, la suite risque d’être passionnante.

» Article initialement publié sur Social Media Today

» Photo d’illustration, “The Internet” par Monoglot sur Flickr

* = titre original :  ”L’évènement le plus marquant de la décade ? Internet bien sûr” (mais “décade” est un anglicisme qui devenait ici un non-sens / merci à @CISportsNews et @monsieurkaplan pour cette correction /-)

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Le web est-il mort ? / Is the web dead ? http://owni.fr/2009/08/20/le-web-est-il-mort-is-the-web-dead/ http://owni.fr/2009/08/20/le-web-est-il-mort-is-the-web-dead/#comments Thu, 20 Aug 2009 14:59:03 +0000 Michel Lévy Provencal http://owni.fr/?p=2528

Imaginez un Internet sans souris. Sans claviers. Sans écrans, ou pages. Simplement du contenu, et des liens vers ce contenu. A la fin des années 1990, l’information a été dématérialisée. Le papier a été remplacé par des pages web. Les CDs par le MP3. 20 ans plus tard… les pages explosent … se désintègrent. Les contenus digitaux sont réellement “désembarqués” (“disembedded”), déconnectés des sites web. Les sites de destination sont mourants, le contenu est pleinement diffusé. Partout, instantanément, avec Twitter, Facebook, les systèmes de conversation et les plateformes de microblogging. “Le flux est la prochaine étape de l’évolution d’Internet” (Nova Spivack).

La suite de la présentation (en anglais), à suivre ici …

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